| Le Dr Michel Plante |
Parution: août 1999
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Un Sherlock Holmes de la santé en entreprise |
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Une grande entreprise comme Hydro-Québec compte bien sûr une importante équipe médicale, dont certains membres se consacrent à la santé environnementale. Le Dr Michel Plante en fait partie depuis 1983, avec pour mission, en tant que médecin-conseil à la Direction santé et sécurité, de veiller sur la santé des travailleurs comme sur celle de la population. Car, avec l'électricité, on peut faire bien autre chose que de s'infliger des chocs électriques. Pour le Dr Plante, il est clair que la médecine d'entreprise ne doit pas viser que les employés, mais aussi inclure le grand public. "La santé de la population doit être traitée avec autant de sérieux que celle des travailleurs, juge-t-il. L'intérêt porté à l'impact d'activités industrielles sur les gens est un phénomène relativement récent. Les manières de faire ne sont pas encore bien développées, pas plus que le sens des responsabilités des compagnies, mais on sent que c'est un phénomène relativement récent. Les manières de faire ne sont pas encore bien développées, pas plus que le sens des responsabilités des compagnies, mais on sent que c'est un nouveau courant de pensée qui grandit et se répand. Ce que j'aime dans mon travail, c'est justement qu'il me permet d'introduire la culture médicale à l'intérieur d'une entreprise afin qu'elle s'en imprègne. Je ne me considère pas comme un médecin d'entreprise, mais bien comme un médecin dans une entreprise." |
![]() Le Dr Michel Plante |
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L'association du Dr Plante avec Hydro-Québec, remonte à 1982. Il était alors un jeune médecin désireux d'ajouter une activité de recherche à ses tâches d'urgentologue. Contacté par Hydro-Québec, on lui proposa de se joindre à l'équipe de la centrale nucléaire de Gentilly où il devait appliquer aux 650 travailleurs le programme de santé d'Hydro-Québec et participer à la création d'un programme particulier pour les employés exposés au rayonnement. Sa curiosité piquée par la chose - il avoue que lui-même était à peine au courant de l'existence de la centrale -, le Dr Plante accepta cette offre. "C'était vraiment un travail très intéressant, affirme-t-il, qui comportait beaucoup de contacts avec des ingénieurs. Comme je me sentais très à l'aise avec les sciences fondamentales, je me suis vite intégré et j'ai eu beaucoup de plaisir dans ce groupe où je côtoyais des professionnels qui ne faisaient pas directement partie du monde médical. Dans nos échanges, chacun apportait un point de vue différent selon sa spécialité, ce que j'appréciais beaucoup."
Au début des années 80, l'énergie nucléaire semblait encore bien mystérieuse et menaçante; on l'associait davantage à la menace d'un conflit qu'à une source possible d'énergie. Dès le début de son association avec Hydro-Québec, le Dr Plante a donc dû répondre aux demandes d'information de la part des travailleurs et du public. Étonnamment, les employés d'Hydro-Québec craignaient davantage les radiographies prises à l'hôpital que les rayonnements auxquels ils étaient exposés. "C'est qu'à Gentilly, chaque travailleur se devait de se protéger et connaissait la valeur exacte d'exposition au rayonnement, explique le Dr Plante. Tandis qu'à l'hôpital, il arrivait souvent que personne ne connaisse la dose de rayonnement des radiographies. Pire, lorsque cette dose était connue, les employés d'Hydro-Québec étaient atterrés à l'idée d'avoir été exposés en un seul examen à une dose équivalente à celle d'un an de travail. Cela m'a beaucoup sensibilisé à l'effet des rayonnements sur la santé et au fait que beaucoup de médecins le connaissent mal encore aujourd'hui." Cet intérêt pour ce phénomène a amené le Dr Plante à représenter le Québec au sein du groupe des médecins aviseurs de la Commission de contrôle d'énergie atomique du Canada.
Quant à son goût pour la recherche, le Dr Plante a pu s'y livrer pleinement avec le dossier des champs électriques et magnétiques quand il a rejoint l'équipe de la Direction santé et sécurité d'Hydro-Québec en 1983. Il s'agit d'une question qui, il va sans dire, est capitale pour Hydro-Québec. Avec des chimistes, des physiciens et des ingénieurs, le Dr Plante a donc participé à des recherches sur le sujet, dont certaines sont encore en cours. Citons parmi celles-ci une étude épidémiologique réunissant l'Université McGill, l'INSERM et l'Université de Toronto et portant sur l'incidence du cancer chez les travailleurs exposés aux champs magnétiques et électriques, des études animales à l'Institut Armand-Frappier sur le potentiel cancérigène et la fonction immunitaire en rapport avec les champs magnétiques, ainsi qu'une étude in vitro sur l'effet des champs magnétiques sur l'expression d'oncogènes et une autre étude en collaboration avec l'Université de Montréal sur les seuils de perception des champs magnétiques et des ions atmosphériques chez l'homme.
"Le résultat de l'exposition aux champs électromagnétiques est un sujet délicat qui soulève beaucoup de peur dans la population, remarque le Dr Plante, comme la MIUF ou les prothèses mammaires l'ont fait dans le passé. Il s'agit donc pour nous de communiquer avec le public de façon transparente, mais en évitant de créer un climat de panique. Quand des citoyens nous téléphonent pour nous demander conseil, nous ne pouvons pas prendre de décisions pour eux, ne serait-ce que parce que nous n'avons pas tous les éléments de réponse qui nous permettraient de dire les oui et les non qu'ils attendent de nous."
Ces activités de recherche, même si elles n'apportent pas toujours de réponses claires de façon immédiate, le Dr Plante y croit fermement, tant pour le bien de la population que pour Hydro-Québec. "Je tente toujours de démontrer que la recherche peut être très rentable et profitable pour une entreprise, dit le Dr Plante. Accepter de collaborer à des études, c'est manifester son intérêt et sa préoccupation tout comme la reconnaissance de sa responsabilité. Cela donne aux spécialistes d'une firme des connaissances supplémentaires qui peuvent aider l'entreprise elle-même."
En ce qui concerne la clarté nécessaire à une démarche crédible et honnête de recherche, le Dr Plante se sent tout à fait à l'aise chez Hydro-Québec. Il déclare qu'Hydro-Québec s'est dotée d'une manière de faire qui assure que les résultats des études doivent être soumis pour publication par les chercheurs responsables. "La recherche en entreprise n'est pas du tout incompatible avec les principes éthiques, soutient-il. Pour ma part, je crois que quand tout le monde a pour but la protection de la santé des travailleurs et du public, la gestion d'une firme n'a rien de contradictoire avec la recherche."
Bien sûr, gravitent autour d'Hydro-Québec une foule de groupes dont les intérêts sont parfois fort différents. Des employés aux médias en passant par des organismes liés à l'environnement ou aux simples citoyens, les réclamations sont différentes et ce qui satisfait l'un risque de ne pas plaire à l'autre. "Au bout du compte, la seule chose sur laquelle on ne peut pas argumenter, c'est la vérité scientifique, constate le Dr Plante. C'est là-dessus que je mise et c'est comme cela que je réussis à naviguer dans un milieu où les intérêts sont complexes et nombreux."
Signalons enfin que le Dr Plante a assuré la représentation d'Hydro-Québec auprès du Groupe de travail sur les champs électromagnétiques du ministère de la Santé, de l'Association canadienne de l'électricité et du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement. Le Dr Plante dirige également le Groupe de travail sur les champs électromagnétiques de la Conférence internationale des grands réseaux électriques. Il a donné des conférences sur ce sujet à plusieurs reprises et a participé à la publication d'articles scientifiques sur le même thème.
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"L'intérêt porté à l'impact d'activités industrielles sur les gens est un phénomène relativement récent." |
Outre les champs magnétiques, d'autres sujets ont retenu l'attention d'Hydro-Québec ces dernières années, dont la présence de méthylmercure dans les poissons que l'on trouve dans les réservoirs hydroélectriques. "On ne pouvait pas balayer cette question du revers de la main en se disant que c'était l'affaire des départements de santé publique; une entreprise se doit d'être responsable, affirme le Dr Plante, et je crois qu'Hydro-Québec l'est. Quand des gens cueillent des petits fruits sous les lignes à haute tension et qu'on a répandu dans le secteur des phytocides pour contrôler la végétation, c'est notre affaire de les prévenir que c'est dangereux pour leur santé, tout comme lorsqu'ils consomment une grande quantité de poissons contenant du mercure."
D'autres problèmes peuvent aussi surgir avec l'électricité, par exemple la contamination des chauffe-eau domestiques par la bactérie qui cause la maladie des légionnaires. "Il y a en fait une grande variété de questions qui peuvent apparaître brusquement, observe le Dr Plante. Par exemple, les lignes à tension continue produisent des ions et on en est à se demander quel est leur impact sur la santé. Mais on ne trouve pas ce genre de renseignements dans nos livres de référence habituels! Nous devons donc nous transformer en Sherlock Holmes pour ce genre de problèmes!"
L'imprévu peut donc se présenter tous les jours. Ainsi, un innocent aérateur de robinet distribué par Hydro-Québec dans le cadre d'un projet pilote a déjà eu des retombées étonnantes. "Une dame nous a prévenus qu'avec l'eau venaient de petits fragments blancs. Nous sommes allés sur place pour recueillir des échantillons et nous avons finalement découvert que des débris s'accumulaient dans un endroit peu visible de l'aérateur et que l'eau était contaminée parce que l'aérateur était sans cesse touché par les mains des occupants de la maison. Hydro a prévenu ses clients et l'aérateur n'a pas semblé avoir d'effets négatifs sur la santé des utilisateurs, mais c'est un bon exemple de ce qui peut arriver tous les jours et qu'on n'avait pas prévu."
Avant les mystères des impacts sur la santé de l'énergie nucléaire et hydroélectrique d'Hydro-Québec, il y a d'abord eu pour le Dr Plante trois années vouées à l'urgence à l'Hôpital de Saint-Laurent, à la Cité de la santé de Laval ainsi qu'au CLSC Sainte-Rose de Laval, un modèle en son genre. (Le Dr Plante a d'ailleurs continué à travailler au CLSC jusqu'en 1993.) Il garde encore aujourd'hui un excellent souvenir de son expérience en CLSC, vantant l'équipe du CLSC Sainte-Rose, l'aménagement efficace des locaux et la possibilité de donner des soins qui ne sont habituellement pas offerts dans d'autres établissements de ce même type.
La clinique est maintenant chose du passé pour le Dr Plante, mais il confesse qu'elle lui manque beaucoup, même si sa fonction actuelle le passionne. "J'ai abandonné la clinique quand j'en suis venu à n'en faire qu'un jour par semaine, se souvient-il. Il me semblait que je n'avais plus le temps de me consacrer à la lecture d'articles médicaux et aux activités d'éducation médicale continue qui m'auraient été nécessaires, et cela ne me satisfaisait pas. Mais je n'ai pas définitivement mis de côté l'idée de pratiquer encore dans l'avenir, et il n'est pas dit que je ne le ferai plus jamais."
Pourtant, au départ, Michel Plante ne se destinait pas à la médecine. Étudiant en sciences pures pendant ses études collégiales, il caressait le rêve de faire de la recherche en biologie. La musique aussi était une voie qui l'intéressait beaucoup; il étudiait le piano depuis longtemps. Il écarta cependant une carrière de pianiste pour se consacrer d'abord à la biologie à l'Université de Montréal. "Je me suis vite aperçu que ce qui me plaisait vraiment, c'était la recherche médicale, se souvient-il. Je me suis donc réorienté vers la médecine en 1974. Et puis, au cours de mes études, je me suis laissé séduire par la clinique et c'est vers la médecine générale que je me suis dirigé à la fin de ma formation."
La musique, même s'il n'en a pas fait sa profession, est encore très présente dans la vie du Dr Plante. Il a toujours un piano chez lui. Il se plaît à jouer du Bach "pour la richesse mélodique et de structure de son oeuvre", à moins que ce ne soient des oeuvres de Satie, de Chopin ou de Mozart. Sinon, c'est sur un court de tennis que le Dr Plante oublie le travail. Mais sa grande passion demeure l'ébénisterie. Le Dr Plante possède d'ailleurs un bateau à voiles des années 50, en bois. L'acajou et le chêne dont il est fait méritent des soins jaloux de sa part. Pendant ses vacances, il aime bien faire de la voile, plaisir qu'il a découvert pendant son adolescence. Finalement, l'eau se retrouve à la fois à la source de son travail et de ses loisirs nautiques. De quoi lui donner toute l'énergie nécessaire pour, une fois de retour sur terre, traquer les ennemis de la santé qui pourraient se cacher derrière l'hydroélectricité.]