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Parution: juin 1999
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Le Dr Dominique Tessier, une omnipraticienne chaleureuse, souriante et non conventionnelle |
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Le Dr Dominique Tessier est responsable du Centre de médecine de voyage du Québec et elle est la coprésidente du comité ministériel VIH-Sida de Santé Canada. Au Collège des médecins de famille du Canada, on parle d'elle comme d'une des prochaines présidentes. Pourtant, le seul titre que veut porter le Dr Dominique Tessier, c'est celui de médecin de famille, tout simplement. MTS et VIH ont toujours fait partie de la pratique du Dr Tessier. Dès 1986, elle a été à l'emploi du Comité Sida-Québec. "J'étais responsable de faire de la formation et de l'éducation auprès de toutes les clientèles : médecins et professionnels de la santé, travailleurs, population en général, étudiants, etc. On avait alors très peu d'informations sur le VIH et on nous appelait pour nous demander, par exemple, si on devait passer à la chaux vive l'appartement d'une personne décédée du sida pour le désinfecter! Imaginez, même certains de mes collègues avaient un peu peur de moi parce que j'étais en contact avec des séropositifs. Même auprès de ma famille, j'ai dû faire de l'éducation et expliquer bien des choses pour rassurer mes proches." |
![]() Le Dr Dominique Tessier |
En ces premiers temps de lutte contre le sida, le tableau était sombre. On pouvait toujours faire de la prévention quant aux modes de transmission, mais les médecins avaient bien peu à offrir à leur clientèle séropositive. "Nous recommandions même à nos patients de bien réfléchir avant de passer un test de dépistage; il y avait tellement de conséquences négatives au niveau de leur travail et de leurs assurances et les perspectives d'espérance de vie n'avaient rien d'encourageant, se souvient le Dr Tessier. Je préférais donc faire de la prévention et du counselling à long terme avec eux."
Mais avant même sa collaboration avec Sida-Québec, dès le commencement de sa pratique à Laval, le Dr Tessier a eu parmi sa clientèle des marginaux comme des danseuses nues et aussi des homosexuels. Le bouche-à-oreille a dû jouer et on s'est sûrement refilé le nom de cette jeune femme sympathique et pas du tout embarrassée au moment de poser des questions. "Je me souviens fort bien de mon premier cas, un jeune homme souffrant d'une gonorrhée anale et qui n'avait pas encore réussi à obtenir de soins. Je lui ai tout bonnement dit la vérité, c'est-à-dire que je ne connaissais pas ses pratiques sexuelles et qu'il allait donc devoir me les expliquer pour que je sache comment le traiter. Ce premier client m'a envoyé son ami et à partir de là j'ai eu des homosexuels dans ma clientèle. La même chose s'est produite avec les danseuses nues; une première jeune femme s'est présentée dans mon bureau pour un mal de dos, elle aussi s'est sentie respectée et elle m'a envoyé ses amies."
L'ouverture d'esprit, cela ne s'apprend pas à l'université. Sans doute le Dr Tessier en était-elle tout naturellement dotée. Elle évoque, pour l'expliquer, sa famille un peu différente, avec une belle-mère d'origine portugaise qui l'a initiée aux différences culturelles. Le père du Dr Tessier était aussi un personnage, libre penseur et refusant la pratique religieuse. Cette jeunesse dans un milieu non conventionnel à certains égards a donc conduit le Dr Tessier à une clientèle aussi non conventionnelle. "Mais une fois qu'on a mis de côté le vocabulaire peut-être un peu coloré de certains, il reste des patients extrêmement sympathiques, assure-t-elle, et très reconnaissants parce que malheureusement, les marginaux ne sont pas bien accueillis partout. Moi, je me suis toujours sentie respectée par mes clients et en retour je n'ai jamais manqué de leur témoigner le même respect. Leur poser des questions sur leur mode de vie ou leur sexualité ne me gênait pas; je devais le faire", observe-t-elle.
L'aventure de Sida-Québec s'est terminée en 1987 sur une décision de la ministre Lavoie-Roux. Même si elle n'a pas abandonné pour autant son intérêt pour le VIH, le Dr Tessier a alors eu l'occasion de pénétrer dans l'univers bien différent de la santé voyage, à la suggestion du Dr Jean Robert. "Je me suis dit : "Ah non! Pas la santé en voyage!", se remémore-t-elle en riant. J'avais toujours eu le plaisir d'avoir une pratique très variée et j'avais peur de trouver ce nouveau domaine très monotone." Erreur. En fait, le Dr Tessier a découvert un champ d'activités fascinant qui l'étonne encore.
Douze ans plus tard, elle est très fière de dire que le Centre de médecine de voyage du Québec est le plus important en son genre en Amérique. Chaque année, coopérants, gens d'affaires, personnes ayant décroché un travail à l'étranger ou simples touristes donnent lieu à 20 000 consultations avant leur départ et de ce nombre, 4 000 à 5 000 reviennent au Centre à leur retour.
En juin 1999, le Dr Tessier verra aussi avec satisfaction la tenue à Montréal de la 6e Conférence de l'International Society of Travel Medicine, manifestation de taille dont elle préside le comité organisateur. Elle est également membre du comité du programme scientifique de l'International Conference on Travel Medicine et de l'International Society of Travel Medicine de même que du Comité consultatif québécois sur la santé des voyageurs du MSSS.
Mais tout cela nous emmène un peu loin de la médecine de famille, penserez-vous. "Pas du tout, proteste le Dr Tessier. Je fais aussi beaucoup de prévention à long terme avec les voyageurs et j'assure le suivi auprès de ceux qui le désirent. Ma pratique est particulière parce qu'elle concerne une activité précise de mes patients, leur départ à l'étranger, mais elle conserve l'approche de la médecine de famille et mes connaissances doivent dépasser les maladies infectieuses pour englober tous les systèmes."
La médecine de famille, le Dr Tessier continue aussi à la pratiquer à la Clinique du quartier latin de Montréal. Comme à la clinique L'Actuel où elle a oeuvré de 1993 à 1997, elle s'y occupe de MTS, de sida et de contraception, mais y voit aussi petits et grands qui ont besoin d'un médecin de famille. "Tout se complète dans mon travail, juge-t-elle, de la même façon que le VIH et les maladies infectieuses se rejoignent. J'ai besoin de faire beaucoup de choses et je ne me passerais d'aucune de mes activités."
Cet intérêt toujours vif pour la médecine de famille, il s'est également traduit depuis 1992 par une participation au Collège des médecins de famille du Canada (CMFC) et au Collège québécois des médecins de famille (section québécoise du CMFC). Au niveau national, le Dr Tessier a été directrice du conseil d'administration, représentante des membres et trésorière honoraire. Il est à prévoir qu'elle deviendra une prochaine présidente dans les années à venir. Au niveau provincial, elle a siégé au conseil d'administration et a présidé le comité exécutif. "Cet organisme répond vraiment à ma conception de la médecine familiale, apprécie-t-elle. Il est malheureusement encore trop peu connu au Québec. Pourtant, c'est le Collège qui défend la médecine familiale au Canada. J'y ai rencontré des médecins fantastiques qui m'ont fait découvrir une foule de ressources et de sources de connaissances. Tout compte fait, en donnant du temps au Collège, elle a tenu à faire ajouter l'accent et la lettre "e" manquants. "Cela a pris six mois, mais je les ai eus", lance-t-elle dans un éclat de rire. Du reste, le Dr Tessier est la première à applaudir les efforts du Collège en vue de parvenir au bilinguisme, que ce soit la traduction simultanée des séances du conseil d'administration, la traduction des documents ou la création d'un comité sur les langues officielles.
Elle en a fait du chemin, la jeune fille attirée par la relation d'aide qui pensait déjà à se destiner à la médecine! L'expérience extrêmement désagréable d'un panaris mal soigné qui s'est transformé en septicémie a pourtant bien failli la faire changer d'avis. "Finalement, cela m'a plutôt donné l'envie de faire de la bonne médecine, dit-elle. Et puis, j'avais le souvenir de ma mère qui est morte à 40 ans d'un cancer du sein. Ajoutons à cela que beaucoup de mes camarades voulaient être admis en médecine et que cela semblait la voie à suivre."
De 1976 à 1981, elle se forma donc en médecine à l'Université de Montréal, études suivies d'un internat et d'une résidence en médecine familiale à la Cité de la santé de Laval. "J'avais su très rapidement que je voulais être un médecin de famille et ma plus grande frayeur, à l'époque, c'était de ne pas être acceptée comme résidente à cause du nombre limité de places. Pour moi, un médecin de famille se devait de profiter de cette formation", se souvient-elle.
Frayeur injustifiée : en novembre 1983, un nouveau jeune médecin accueillait ses premiers patients à la Cité de la santé. Au programme, travail au service des maladies infectieuses du DSC, soins intensifs, urgence, obstétrique et aide aux victimes d'agressions sexuelles. "J'ai fait de tout très vite, c'était très gratifiant, mais... mon Dieu que c'était dur! s'exclame-t-elle. Quand je n'étais pas de garde à l'urgence, je l'étais aux soins intensifs. Et bien sûr, les accouchements ne survenaient jamais au moment où je me trouvais à l'hôpital."
Cette période un peu folle servira de leçon au Dr Tessier, qui s'aperçoit que rien ne sert de s'épuiser. En janvier 1985, elle commence donc à goûter à des horaires plus sages. Elle est alors médecin au service de santé de l'Université de Windsor, en Ontario, et à la clinique de planning familial de la Metro-Windsor-Essex-County Health Unit. "Quelle expérience agréable! J'étais gâtée; les infirmières ontariennes faisaient beaucoup de choses que moi j'avais pris l'habitude de faire au Québec comme médecin. Il y avait des moments où je ne comprenais vraiment pas pourquoi elles ne gagnaient pas un meilleur salaire que le mien! Leur travail me permettait de lire beaucoup et de participer à des activités de formation. C'était le paradis!"
Mais le paradis, c'est aussi pouvoir vivre dans sa langue, et si plaisant qu'ait été ce séjour en Ontario, le Dr Tessier et son conjoint savaient bien qu'il ne pourrait être que provisoire. En 1986, ils se réinstallent donc à Montréal et le Dr Tessier se joint au Centre de santé des femmes. Elle n'y restera qu'un an, mais encore aujourd'hui elle participe occasionnellement à des comités et à des ateliers. Parallèlement, elle débutera ses activités au Comité Sida-Québec.
Que dire d'autre sur le Dr Tessier? Les sujets ne manquent pas, de son expérience d'enseignement au département de sexologie de l'Université du Québec à Montréal en passant par son intérêt pour la violence conjugale, de sa présidence au comité des femmes médecins du Collège des médecins du Québec à son rôle de chroniqueuse médicale à la station francophone de Radio-Canada à Windsor. Vraiment, il faudrait un second article pour décrire dans sa totalité le médecin qui a fait partie de mille comités, l'auteure scientifique, la chercheuse clinique.
Et encore, on n'aurait pas parlé de la femme chaleureuse et souriante, de la mère de deux enfants de 9 ans et 6 ans. La petite Camille-Charlotte a un tempérament créatif et sa mère aime à dessiner et à bricoler avec elle, à moins qu'elle ne se promène dans la campagne pour faire un herbier avec son fils, Philippe-Olivier, ou cueillir des petits fruits. Photographie, cours de chant classique, écriture de poésie, jardinage, lecture, patins à roues alignées, autant de bouffées d'air frais qui sont des répits dans un tourbillon d'activités professionnelles. "Me retrouver en famille, avec mon conjoint et nos enfants, tout comme avoir de petits moments de solitude, c'est essentiel pour moi", observe-t-elle.
Est-ce dans ces heures privilégiées avec les siens que le Dr Tessier trouve toute l'énergie dont elle a besoin? Chose certaine, cette jeune femme dynamique fait la preuve que la médecine de famille, c'est bien plus que l'art de soigner un mauvais rhume ou une entorse et que c'est aussi bien l'accueil des gens sans histoire que de ceux qui sont exclus de notre société.]