Le Dr Robert Dufour
Parution: mai 1999

Il partage son temps de travail entre la recherche et la clinique


Omnipraticien et directeur de la Clinique de nutrition, métabolisme et athérosclérose de l'Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM), le Dr Robert Dufour est la meilleure preuve que la recherche peut faire bon ménage avec la clinique.

Quand il est au centre hospitalier Le Gardeur de Repentigny ou à la Clinique médicale de Lavaltrie, le Dr Dufour se fait généraliste. Il aime ces milieux de travail et a poussé l'implication jusqu'à devenir secrétaire du CMDP du centre hospitalier Le Gardeur. Mais, revenu à Montréal, il endosse le rôle de directeur de la Clinique de nutrition, métabolisme et athérosclérose de l'IRCM et la blouse blanche de chercheur senior au sein du Groupe de recherche sur les hyperlipidémies et l'athérosclérose, deux postes qu'il occupe depuis 1992.

"Maintenant que j'ai quelques années de pratique derrière moi, je sais que je ne pourrais pas me passer du contact avec les patients, constate-t-il. D'un autre côté, la recherche m'intéresse aussi énormément. Ce mélange de recherche et de clinique est donc parfait pour moi. J'adore le défi de la recherche clinique, qui est de diminuer la distance entre la pratique clinique courante et la recherche."


Le Dr Robert Dufour

La Clinique de nutrition, métabolisme et athérosclérose de l'IRCM est partie prenante du Groupe de recherche sur les hyperlipidémies et l'athérosclérose dirigé par le Dr Jean Davignon. Environ 6 000 patients fréquentent la Clinique, que ce soit pour un problème d'hyperlipidémie ou de dyslipidémie. Ils ont évidemment l'occasion de participer à des protocoles de recherche élaborés à l'IRCM. Le travail du Dr Dufour consiste donc à veiller autant sur la qualité des soins cliniques que sur le développement de la recherche.

Homme d'équipe, celui-ci n'hésite pas à vanter la qualité des gens avec qui il travaille. "Nous avons ici une excellente équipe d'infirmières de recherche dirigée par Mme Denise Dubreuil, dit-il. Cette équipe nous rend la tâche très facile. Ces infirmières sont parfaitement rodées au mécanisme de la recherche et c'est un plaisir de savoir que l'on peut compter sur elles. En fait, toute l'équipe est assez exceptionnelle, je dois le souligner."

Le Dr Dufour apprécie aussi la structure administrative de l'IRCM, assez légère selon lui pour que personne ne soit pris au piège des lourdeurs d'un appareil trop compliqué. "Je crois que le Dr Genest a eu le souci de créer un organisme où on ne trouverait pas de tracasseries administratives qui empêchent la bonne marche de la recherche, pense-t-il. Les Drs Chrétien et Guindon qui lui ont ensuite succédé ont conservé cette philosophie et cela a comme résultat que moi, par exemple, je ne suis pas submergé par l'aspect administratif de mon travail."

L'enseignement joue aussi un rôle important dans la carrière du Dr Dufour. Il est d'ailleurs responsable de l'enseignement et de la coordination du stage de nutrition-lipides des résidents en endocrinologie, en médecine interne et en biochimie clinique et il avoue qu'il a grand plaisir à côtoyer ces futurs collègues. Il trouve dans leur présence une grande stimulation et cherche à leur transmettre ce qu'il a lui-même appris pendant sa formation : minutie, souci du bien-être du patient, qualité des soins. Comme il le souligne, la communication est essentielle, qu'il s'agisse de celle qui existe entre le médecin, son patient et son entourage ou encore entre collègues au moment de se transmettre des informations qui sont précieuses.

"Ce que je tente de faire comprendre aux résidents, c'est qu'il faut qu'ils s'assurent qu'aucun petit détail oublié ne sera le grain de sable dans l'engrenage, que ce soit un dossier mal rempli ou une remarque apparemment anodine du patient à laquelle on ne prête pas attention, mais qui peut nous éclairer sur ce dont il souffre. Un vieux médecin m'a déjà dit qu'il fallait surtout écouter les malades et je trouve qu'il avait bien raison. Malheureusement, écouter est plus facile à dire qu'à faire. En tant que médecins, nous sommes habitués à poser des questions et à recevoir des réponses, pas à laisser le patient nous informer lui-même", juge-t-il.

Envers l'IRCM, le Dr Dufour éprouve un fort sentiment d'appartenance. "D'un point de vue médical, c'est ici que j'ai été "élevé", remarque-t-il. J'y ai rencontré des médecins fantastiques qui ont fait mon éducation médicale. C'est ici que j'ai eu la chance de rencontrer des chercheurs exceptionnels, qu'il s'agisse de Québécois ou de scientifiques étrangers qui viennent nous visiter. Pour moi, encore aujourd'hui, cela me donne l'impression d'être sans cesse plongé dans un bain scientifique qui ne peut pas faire autrement que de me stimuler dans mon travail."

Partagé mais certes pas déchiré entre la clinique et la recherche, le Dr Dufour se plaît aussi depuis 1990 à donner des conférences d'éducation médicale continue à des omnipraticiens et à des spécialistes sur le diagnostic et le traitement des dyslipidémies. Il a la conviction que les connaissances de chacun méritent d'être partagées. Ajoutons à cela qu'il forme aussi des représentants de diverses compagnies pharmaceutiques sur la question du métabolisme des lipoprotéines ainsi que du diagnostic et du traitement des dyslipidémies.

Son orientation vers la médecine, Robert Dufour la doit sûrement en partie à son grand-père, médecin de campagne à Le Gardeur. Généraliste, celui-ci faisait de tout, de l'obstétrique en passant par les soins à donner aux employés de l'usine de munitions locale qui fonctionnait lors de la Seconde Guerre mondiale. Bien des années plus tard, alors qu'il était retraité, il prenait beaucoup de plaisir à raconter longuement ses expériences à son petit-fils qui l'écoutait attentivement, captivé par ces récits d'accouchements compliqués réalisés par des nuits de tempête de neige, sans instruments stériles. "Pour moi, il était un véritable héros, se souvient le Dr Dufour, et ses histoires frappaient beaucoup mon imagination d'enfant. En plus, je baignais aussi dans le milieu médical du fait que ma mère était la secrétaire d'un pathologiste de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont."

Mais avant de se diriger vers la faculté de médecine de l'Université de Montréal, en 1982, le Dr Dufour a fait un détour par l'Université de Sherbrooke où il a complété un baccalauréat en physiologie-biochimie. C'est là que le goût de la recherche lui est venu. A donc suivi une maîtrise en nutrition à l'Université Laval sur les cardiopathies lipidiques. "J'avais entamé ma première année de doctorat à l'IRCM quand je me suis aperçu que ce que je désirais vraiment, c'était travailler avec des humains, dit-il. Cette découverte m'a obligé à réorienter mes études et là, je me suis enfin inscrit en médecine." Au terme de ses études, le Dr Dufour est retourné à l'IRCM pour un stage de formation à la Clinique de nutrition, métabolisme et athérosclérose. Auparavant, il avait complété en 1987-88 un internat multidisciplinaire à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Une des plus importantes influences du Dr Dufour a été sans nul doute le Dr Jean Davignon, rencontré à l'IRCM. Envers ce grand chercheur, le Dr Dufour est aussi admiratif que respectueux. "C'est un homme très humain qui s'intéresse non seulement aux capacités professionnelles des gens, mais aussi à ce qu'ils sont en tant que personnes, apprécie-t-il. Quand je l'ai rencontré, c'était pour écrire un chapitre avec lui sur l'athérosclérose. J'ai vu sa grande rigueur et son perfectionnisme. Et il est aussi comme cela avec les patients. J'ai fait mes premières histoires de cas avec lui à l'Hôtel-Dieu et il s'assurait que tout était mis en place pour que les patients soient bien diagnostiqués et bien traités. Il m'a montré comment pratiquer une médecine globale, comment voir un patient dans son ensemble et je n'aurais pas pu avoir de meilleur modèle que lui."

Pour se détendre, le Dr Dufour mise sur le golf. Il y a d'ailleurs entre lui et ce sport une longue histoire d'amour puisqu'il a été mis en contact avec ce sport alors qu'il était encore très jeune, son père étant le fondateur d'un club à L'Assomption. Étudiant à Sherbrooke, il était professionnel adjoint dans un club de golf et il se souvient d'avoir tout fait dans des clubs, de caddie à laveur de bâtons. Aujourd'hui encore, le golf le passionne toujours et l'été, il essaie de s'évader le plus souvent possible sur un beau terrain.

Autre grand pôle d'intérêt le Dr Dufour, et encore bien plus important que le golf : sa famille. Son épouse, aussi médecin, est très active dans son milieu professionnel. Ensemble, ils partagent une passion commune pour la médecine, un agenda chargé et trois filles de 11, 9 et 6 ans. "Nous avons fait le pari que même si nos carrières étaient très prenantes, nous pouvions avoir une vie familiale satisfaisante et un maximum de stabilité pour nos enfants, explique le Dr Dufour. Alors, c'est sacré, si l'un de nous deux doit s'absenter un soir, l'autre est là pour les enfants. Et évidemment, autant que faire se peut, nous essayons d'avoir du temps tous ensemble. L'hiver, par exemple, nous faisons du ski en famille."

En ce moment, le Dr Dufour est impliqué dans plusieurs projets de recherche, dont trois comme investigateur principal, sur l'hyperlipidémie, l'hyperlipoprotéinémie et l'hypercholestérolémie. À son actif, des collaborations à deux chapitres de livres et à vingt-quatre publications scientifiques et près d'une dizaine de présentations ici et à l'étranger.]