| Le Dr Daniel Blouin |
Parution: novembre 1998
|
|
Non seulement il est bon professeur, mais il maîtrise sa matière sur le bout des doigts |
|
|
|
|
|
Qui n'a pas gardé dans un coin de sa mémoire le souvenir d'un professeur de médecine particulièrement aimé? Vous savez, ce genre de médecin qui nous fait espérer qu'un jour on arrivera à l'égaler, qui nous insuffle le goût de la rigueur comme la compassion et l'empathie envers les patients... Voici un profil auquel répond parfaitement le Dr Daniel Blouin, récipiendaire du prix Galeano d'excellence pédagogique, décerné par les étudiants en médecine de l'Université de Sherbrooke, et gynécologue-obstétricien. Cet honneur a tout particulièrement touché le Dr Blouin. Il se souvient fort bien du médecin qui a donné son nom au prix, "un chercheur en neurophysiologie tellement enthousiasmé par ce qu'il faisait que son intérêt était contagieux, rapporte-t-il. Le Dr Galeano était très apprécié par les étudiants de Sherbrooke et lui-même s'intéressait de très près à tout ce qui touche à la pédagogie. Auparavant, ce prix d'excellence pédagogique était décerné par la compagnie Squibb, pour lequel les étudiants votaient, et c'est ce même prix que l'on nomme maintenant prix Galeano d'excellence pédagogique." |
![]() Le Dr Daniel Blouin |
Modeste, le Dr Blouin attribue le fait d'être récipiendaire aux bonnes relations qu'il entretient avec ses cadets. "On peut très bien être un excellent professeur qui maîtrise son domaine sur le bout des doigts et ne pas être apprécié de ceux à qui on enseigne, soutient-il. Être aimé et être un bon professeur, ce sont deux choses différentes. Parfois, au cours de nos études, nous trouvons plus ou moins intéressant tel ou tel professeur. Et puis, quelques années plus tard, on s'aperçoit qu'on a appris beaucoup avec lui. Ce prix, je le vois donc davantage comme une marque d'appréciation que d'excellence."
N'en déplaise au Dr Blouin, les étudiants de Sherbrooke ont sans doute voulu lui manifester plus que simplement leur affection. Depuis 1976, il est une figure connue dans le milieu sherbrookois de l'enseignement universitaire aux niveaux pré et postdoctoral. Il a également fait partie du Bureau de développement pédagogique où il a exploité son intérêt pour l'évaluation.
L'origine de la carrière médicale du Dr Blouin relève pourtant un peu du hasard. En effet, jeune pensionnaire chez les pères rédemptionnistes, il s'aperçoit bien vite qu'il n'a pas la vocation. "À cette époque, la médecine était le seul autre choix aussi valable que la prêtrise, se rappelle-t-il. Alors, j'ai annoncé à tout le monde que je serais médecin sans avoir aucune idée de la réalité de la médecine."
Mais le hasard fait bien les choses et le jeune homme découvre rapidement sur les bancs de la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke qu'il a choisi la bonne voie. Fraîchement émoulu de la jeune Faculté en 1970 (il faisait partie de la première promotion), le Dr Blouin quitte l'Estrie pour l'Hôpital général de Montréal où il compte bien se spécialiser en chirurgie. Mais le hasard, encore une fois, intervient en plaçant sur sa route le Dr Robert Kinch, qui l'initie à la gynécologie-obstétrique pendant un stage. "Cet homme était absolument tout ce que je voulais devenir moi-même : un clinicien extrêmement compétent, un scientifique et un médecin qui avait le don de créer des relations chaleureuses avec les gens. Lui et le Dr Seamore ont été mes modèles", souligne le Dr Blouin.
En plus de l'exemple de ces deux médecins qui suscitent son admiration, le jeune résident découvre que la gynécologie-obstétrique est une spécialité fascinante et pleine de variété qui lui permettra d'allier clinique et recherche. "Pendant ma résidence, j'aimais autant la gynécologie que l'obstétrique. Mais faire des accouchements, c'est merveilleux! s'enthousiasme-t-il. On est avec des gens heureux, en santé, qui s'apprêtent à vivre un moment très important pendant lequel nous les accompagnons. Il m'est arrivé de rencontrer d'anciennes patientes, des années après leur accouchement. Elles me reconnaissaient et ne manquaient pas de dire à leur enfant : "Regarde, c'est le médecin qui t'a mis au monde." Leur réaction est très gratifiante; c'est bon de voir que cette intimité que nous avons partagée pendant une grossesse et un accouchement n'est pas oubliée et continue d'être appréciée des années plus tard."
À la suggestion du Dr Kinch, le Dr Blouin est ensuite allé à Londres pour se former dans le domaine des grossesses à risque sous la houlette du Dr Richard Beard. Ce séjour en Angleterre, le Dr Blouin s'en souvient avec beaucoup de plaisir. À la joie d'être en Europe et de fréquenter un milieu scientifique très stimulant, il alliait le bonheur de profiter enfin de sa jeune famille. "Jusque-là, j'avais à peine eu le temps de voir mes deux filles et d'être avec mon épouse, explique-t-il. Cette année a donc été précieuse à plus d'un titre, y compris d'un point de vue familial puisque mes horaires m'ont enfin permis de passer plus de temps en famille. Je dois d'ailleurs rendre hommage à ma femme qui m'a toujours appuyé pendant les vingt-huit ans de notre mariage et qui a accepté que mon travail accaparant me rende parfois moins disponible que je ne l'aurais voulu."
Après un an d'études à l'ombre du Big Ben, le Dr Blouin est revenu au Québec, d'abord à l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal, puis à Sherbrooke, un an plus tard, en 1976. Même s'il s'est toujours considéré comme un "gynécologue tout terrain", pour reprendre son expression, le Dr Blouin a consacré une grande partie de ses énergies aux grossesses à risque. Outre l'enseignement, à titre de professeur titulaire, il a aussi participé aux tâches administratives en tant que directeur du département d'obstétrique-gynécologie pendant huit ans, poste qu'il compte abandonner cet été.
"Il est temps que je passe le flambeau à d'autres, juge-t-il. En fait, je rêve que de jeunes périnatalogistes viennent s'installer à Sherbrooke. Cette relève me permettrait de me ressourcer dans un domaine qui m'intéresse de plus en plus, la ménopause. J'ai vieilli, ma clientèle aussi a pris de l'âge et les jeunes mamans que je rencontrais il y a quelques années en sont à une autre étape de leur vie; j'aimerais bien les accompagner encore pendant leur ménopause."
Quand il se projette encore plus loin dans le futur, le Dr Blouin s'imagine sans peine à la retraite. Bridgeur invétéré, il prévoit bien profiter de sa liberté retrouvée pour participer à des tournois. Mais en aura-t-il le temps? Son épouse et lui sont propriétaires d'une maison de campagne où ils font l'élevage d'oies et de canards. Cette jolie ferme ancienne, il n'est pas dit qu'ils ne se décideront pas à la transformer en bed and breakfast. Les étudiants de Sherbrooke auront alors perdu un professeur remarquable, mais les hôtes des Blouin découvriront un homme affable et humain qui aura su laisser sa trace tant dans la mémoire de ses patientes que de ses collègues et de ses étudiants.]