| Le Dr Marc Steben |
Parution: octobre 1998
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Un spécialiste reconnu de la prévention et du traitement des "maladies d'amour" |
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Sauriez-vous comment réagir devant les larmes d'un patient à qui vous venez d'annoncer qu'il est atteint d'herpès génital? Que recommanderiez-vous à un couple qui envisage une grossesse et dont l'un des partenaires à l'herpès? C'est à ces questions et à bien d'autres que s'est attaqué le Dr Marc Steben avec le module d'autoformation de la FMOQ, À propos des personnes vivant avec l'herpès génital. Médecin-conseil à l'unité des maladies infectieuses de la Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre, le Dr Steben est devenu une autorité en ce qui concerne les MTS. L'AMLFC et le Groupe L'Actualité médicale lui ont d'ailleurs déjà décerné le prix "Des médecins de coeur de d'action" pour souligner son implication et son dévouement dans ce domaine. Lui-même étant perpétuellement à la recherche des informations les plus fraîches sur les MTS, le Dr Steben sait bien que ses confrères ont autant besoin que lui de formation et de renseignements. "C'est le cas des médecins mal préparés à travailler avec des patients qui ont l'herpès, explique-t-il. La FMOQ, appuyée par Flaxo Wellcome, a décidé de faire un module d'autoformation sur le sujet, et j'en suis fier. En plus de quelques médecins du Québec et du Canada anglais, un groupe consultatif international y a participé et nous espérons que le livre sera diffusé dans d'autres pays." |
![]() Le Dr Marc Steben |
Ce module sur l'herpès a même impressionné les autorités du célèbre Center for Disease Control (CDC) d'Atlanta, au point où le Dr Steben a été approché pour rédiger d'autres livres de ce genre sur les MTS. Pas mal pour l'ancien étudiant désargenté qui payait ses études en travaillant au laboratoire de microbiologie de l'hôpital Sainte-Justine! En fait, le Dr Steben est maintenant une des personnes qui comptent au Québec quand on parle de traitement et de prévention des MTS. Tout à tour clinicien, enseignant, conférencier, chercheur clinique et Dieu sait quoi d'autre encore, le Dr Steben est sur tous les fronts dans la lutte aux MTS.
L'origine de cette passion pour la prévention et le traitement des "maladies d'amour", c'est ce séjour de quatre ans et demi au laboratoire de microbiologie de l'hôpital Sainte-Justine. "Là, j'ai baigné dans la mycologie, la sérologie, la virologie, etc., raconte-t-il. Les Drs Montplaisir et Delage m'ont beaucoup appris. On croyait que j'allais faire ma résidence en gynécologie ou en maladies infectieuses, mais j'ai quand même opté pour la médecine de famille."
Ce choix n'allait pas empêcher qu'on le sollicite dès la fin de ses études pour mettre sur pied la clinique de MTS au Centre hospitalier de Verdun. "Après seulement dix-huit mois d'existence, nous avions trois points de service et l'équivalent de six jours et demi de consultations", se souvient-il.
Le domaine du Dr Steben était encore perçu comme assez original à l'époque. Sauf dans quelques cliniques spécialisées de grands hôpitaux, on se souciait assez peu des MTS. "J'ai dû être au bon moment au bon endroit, juge-t-il. Tout me poussait vers cette orientation : mes stages en gynécologie-obstétrique quand j'étais résident, mon expérience de travail en laboratoire, ensuite la formation en santé publique que j'ai voulu obtenir. Très vite, je me suis retrouvé sur le terrain et j'ai participé à des comités provinciaux et nationaux et à divers organismes qui mettaient en branle des projets reliés aux MTS."
La tâche était alors bien agréable. En ce tout début des années 80, on n'était pas encore inquiété par les ravages du sida. Les patients atteints de MTS étaient en général jeunes, en bonne santé, et on les soignait facilement. Et puis, les fonds étaient là, disponibles pour développer de nouvelles ressources. "On voyait alors les MTS comme des maladies de gens en bonne santé, se souvient-il. Par contre, on avait très peur de l'herpès. Je me rappelle fort bien avoir lu un article où on donnait des trucs pour deviner si la personne qu'on draguait en était atteinte ou pas et le Times baptisait l'herpès la nouvelle "Lettre écarlate". Mais dans le palmarès de la peur, le sida a vite remplacé l'herpès en première position. Aussi désarmé que les autres médecins devant le terrible virus, le Dr Steben a vite retroussé ses manches pour se former sur le tas, à force de voir des patients et de s'informer.
C'est sur le tas aussi qu'il a appris l'art complexe d'interroger ses patients sur leur sexualité. Avouons-le, la chose n'est pas facile. Les habitudes de vie reliées à l'activité physique, à l'alimentation ou au tabagisme ne font peur à personne. On pose franchement des questions, on reçoit des réponses et voilà, le dossier du patient est rempli et son histoire de cas bien claire. Il en va autrement de la sexualité; bien des médecins se sentent mal à l'aise d'interroger leurs patients à ce sujet et eux-mêmes sont gênés. "J'ai eu des mentors qui m'ont aidé, affirme le Dr Steben, d'autres médecins qui m'ont appris beaucoup de choses. Il ne faudrait pas croire qu'avant 1998, aucun médecin n'était à l'aise avec la sexualité. Il y a une vingtaine d'années, il y avait déjà des gens qui s'y intéressaient et qui avaient une bonne expertise. Ils m'en ont fait profiter." Le Dr Steben cite entre autres un après-midi de consultations assez étonnant avec le Dr Jean Robert, qui l'avait entraîné dans une église pour homosexuels de Montréal. "Nous avons fait passer des tests de dépistage dans le bureau du curé!" dit-il en souriant.
Mis à part quelques patients de longue date, dont des personnes âgées qu'il se fait un plaisir de suivre à domicile, toute sa clientèle actuelle le consulte pour des raisons de contraception, de problèmes gynécologiques, à cause du sida ou de MTS. "Cela en a effrayé certains, constate-t-il, surtout des hommes qui n'appréciaient pas que leur présence dans ma salle d'attente soit si clairement identifiée à un problème à caractère sexuel. Dommage pour eux. Ceci étant dit, je ne manque pas de patients à cause de cela."
Avec les années, les maladies de la vulve ont commencé à intéresser le Dr Steben. Dans son cabinet de la Clinique médicale de l'ouest, à Verdun, il a montré une collection de 2 000 diapositives sur le sujet. Ses connaissances sont aussi fort utiles au CHUM, campus Notre-Dame, qui a ouvert une Clinique des maladies de la vulve, la première au Québec, à laquelle participe bien sûr le Dr Steben. Mieux encore, il songe sérieusement à écrire un livre sur ce thème qui lui semble trop peu connu de la communauté médicale.
Pour gérer toutes ces activités, le Dr Steben compte sur la meilleure des alliées, son épouse. C'est avec elle qu'il a mis sur pied la firme ProAction et qu'il fait maintenant des projets ayant trait à la consultation au niveau international avec un groupe de médecins. Déjà, l'ACDI et la Banque mondiale ont fait appel à leurs services et le Dr Steben prévoit que la demande grandira. "On critique beaucoup notre système de santé, mais il faut se rappeler que nous faisons ici des choses très intéressantes en matière de santé et que les Québécois comme les Canadiens sont très bien vus sur la scène internationale, soutient-il. Si ma femme et moi avons créé cette compagnie, c'est qu'on me sollicite beaucoup pour donner des conférences, écrire des livres, faire des analyses de marketing ou des consultations. Mon épouse y travaille maintenant pratiquement à temps complet et elle ne peut pas se plaindre qu'elle s'ennuie quand nous rencontrons d'autres médecins. Après tant d'années passées à travailler sur des projets à saveur médicale, elle sait de quoi nous parlons et a développé sa propre opinion sur bien des sujets."
On pourrait cependant penser qu'il y a un point sombre dans cette carrière qui jusqu'à maintenant n'a apporté que plaisirs et défis stimulants au Dr Steben : la prévention. "On a tendance à se croire invulnérable, soupire-t-il. Mais il ne faut pas oublier nos progrès et ne mettre l'accent que sur ce qui ne fonctionne pas. Pensons à l'utilisation du condom avant l'avènement du sida, réservée aux femmes qui avaient une intolérance à la pilule. Du côté des adolescents, je vois aussi une évolution positive même si les acquis sont fragiles. Nos moyens de prévention ne sont pas encore parfaits, mais au moins on peut maintenant parler de MTS à la télévision sans soulever un tollé de protestations. Regardons seulement les émissions destinées aux jeunes; il y a toujours un personnage qui finit par avoir le sida ou une MTS. En fait, ce qui me décourage bien plus que le succès relatif de la prévention des MTS et du sida, ce sont la pauvreté, le décrochage, l'itinérance, tous ces problèmes sociaux qui font que beaucoup n'ont pas accès aux soins de santé dont ils ont besoin."
D'ailleurs, selon le Dr Steben, les personnes ayant systématiquement des relations sexuelles non protégées ne sont pas si nombreuses. "Les gens qui agissent ainsi ont souvent une histoire particulière faite de violence et d'abus sexuels, juge-t-il. Au lieu de jeter le blâme sur ces gens, je pense que nous devrions nous demander ce que nous faisons pour eux. Si on jugeait moins les homosexuels ou les utilisateurs de drogue injectable, par exemple, on ferait un grand pas."
Encore indigné, le Dr Steben rapporte le cas d'un sidéen qui avait développé un problème de drogue et à qui un hôpital a refusé de l'aide alors qu'il déclarait avoir des idées suicidaires. "On lui a dit de régler son problème de consommation de drogue avant de se présenter à l'hôpital! Mais où pouvait-il se désintoxiquer quand il y a des listes d'attente très longues?" Cet homme est finalement décédé à la suite de complications reliées à sa consommation de drogue.
Résolument optimiste, le Dr Steben n'a pas dit son dernier mot en matière de prévention. Il travaille en ce moment à un projet qui l'enthousiasme : la mise en place de services de santé offerts directement à l'école pour mieux rejoindre les jeunes. "Les nouveaux tests de dépistage nous aideront, espère-t-il. Avec un simple test d'urine, on respecte mieux la pudeur des adolescents qui sont timides. S'ils ont peur de croiser un ami de leurs parents au CLSC, ils se sentiront sans doute plus à l'aise de consulter à l'école."
Quand il rencontre des gens lassés par leur travail ou ayant peur de perdre leur emploi, le Dr Steben compatit. Ce n'est certes pas son cas. Il cite volontiers Tom Peters, un auteur qui a vanté les mérites du "chaos organisé" et des responsabilités multiples, pour expliquer combien il aime toutes les activités qu'il mène de front. "Notre défi est de rendre nos services de plus en plus accessibles à tous, aux gens défavorisés comme aux autres", conclut-il.]