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Parution: septembre 1998
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Le Dr Annie Léger, une excellente ambassadrice de l'Abitibi |
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Bien loin des embouteillages et des problèmes de stationnement qui virent au cauchemar, l'Abitibi offre le calme d'une région éloignée à la beauté austère. Et c'est dans la petite ville de Rouyn-Noranda que le Dr Annie Léger a choisi de pratiquer, troquant son statut d'habitante de la Montérégie pour celui d'Abitibienne d'adoption. Alors qu'elle était étudiante à la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke, Annie Léger a fait plusieurs stages en région, dont un en Abitibi. Au moment de choisir sa première affectation, en 1991, c'est à Rouyn-Noranda qu'elle a pensé, ayant gardé un très bon souvenir de la pratique en gynécologie-obstrétique qu'elle y avait connue. "Je suis partie avec une amie. Nous nous disions alors que nous tenterions l'expérience pendant un an, le temps de voir comment nous nous débrouillerions sur place", se souvient-elle. |
![]() Le Dr Annie Léger |
Sept ans plus tard, le Dr Léger est encore là. Et pas prête à plier bagages, manifestement, puisque Cupidon l'a frappée sur place et a fait d'elle la conjointe d'un Abitibien et la maman de deux enfants. "L'amie médecin qui était venue avec moi a fait la même chose. Peut-être que c'est une méthode que nous devrions tenter d'appliquer aux résidents qui font un stage pour les retenir ici", plaisante le Dr Léger.
Mais au-delà de la plaisanterie, il y a un problème bien réel et qui n'a rien de drôle : régulièrement, les gens de Rouyn-Noranda sont confrontés à une pénurie de médecins. "C'est une situation qui revient de façon cyclique, explique le Dr Léger. On atteint un nombre convenable de médecins et puis, tout à coup, il y en a qui s'en vont et on recommence à avoir des problèmes pour en recruter d'autres. L'été prochain, cinq médecins partiront. J'imagine que d'autres finiront par les remplacer, mais que la pénurie reviendra dans quelques années."
En attendant du renfort, ceux qui restent sur place n'héritent pas exactement d'une sinécure. Selon le Dr Léger, les semaines de travail de 70 ou 80 heures ne sont pas rares. "Notre surcroît de travail crée un cercle vicieux, fait-elle observer. La population vieillit ici comme ailleurs et réclame donc plus de soins. Mais en ayant moins facilement accès à un médecin, les gens sont encore plus souvent malades. Nous nous retrouvons dans la situation où nous devons faire quasi exclusivement un travail curatif sans avoir le temps de faire de la prévention."
Inutile de dire que ce problème crée de l'insécurité au sein de la population. Il est commun qu'un patient s'informe anxieusement : "Pensez-vous que vous allez partir, vous?" C'est sans compter les demandes de consultation dont sont inondés les médecins de famille après le départ d'un confrère. Demandes dont l'abondance désole le Dr Léger, obligée comme ses collègues de limiter sa clientèle.
Et dire que le Dr Léger a abandonné l'idée de devenir chirurgienne pour la médecine familiale, croyant que la pratique générale lui apporterait un horaire plus équilibré! En fait, à Rouyn-Noranda, elle a trouvé une carrière plus prenante que celle du plus occupé des chirurgiens. Responsable de la clinique de planning familial du CLSC, elle travaille aussi à l'urgence du centre hospitalier de Rouyn-Noranda et à la clinique d'accidents de travail de cet établissement en plus de recevoir sa clientèle à son bureau privé et de faire des accouchements.
Le Dr Léger n'a donc pas chômé depuis son arrivée à Rouyn-Noranda. Au fil des années, elle a joué plusieurs rôles dans son hôpital; secrétaire du département de médecine générale, membre de l'exécutif, membre du comité de pharmacologie, etc. Et tout cela sans compter sa participation aux activités d'éducation médicale continue de sa région, un domaine qui lui tient à coeur. Elle note d'ailleurs avec satisfaction que les activités d'éducation médicale continue vont bon train. Des présentations ont lieu chaque semaine et deux congrès régionaux sont mis sur pied annuellement. Le dernier en liste s'est déroulé en mai et avait pour thème la violence conjugale. On se souviendra aussi que le Dr Léger avait collaboré avec l'AMLFC quand nous avons organisé un colloque régionale à Rouyn à la fin de 1997.
Le temps pour souffler est donc aussi rare que précieux pour le Dr Léger. "Les résidents ne comprennent pas comment nous pouvons résister à tant de travail, constate-t-elle. Ici, il faut faire de tout : des hospitalisations, des quarts à l'urgence, du bureau aussi bien que du dépannage ou de la psychiatrie. C'est une vie de fou, c'est vrai, et beaucoup de jeunes médecins ne sont pas du tout intéressés par ce rythme de travail."
Mais alors, qu'est-ce qui retient le Dr Léger en Abitibi? "Mais la pratique est passionnante! s'exclame-t-elle avec conviction. C'est une expérience unique qu'on ne peut pas vivre ailleurs et qui fait très vite de nous des médecins complets, très autonomes. Je dis souvent aux résidents que la première année que j'ai passée ici, j'ai appris autant de choses que pendant toute ma formation, et je suis très sincère en affirmant cela. Et puis, les jeunes médecins ne sont pas laissés à eux-mêmes; nous, les plus vieux, nous essayons dans la mesure du possible de les aider et l'esprit d'équipe est exceptionnel. Alors, même si la pratique est loin d'être facile, il y a des avantages qui compensent pour le reste."
Décidément, le Dr Léger serait une excellente ambassadrice de l'Abitibi. En fait, elle aime tellement sa région d'adoption qu'elle y a passé ses vacances la première année où elle s'y est installée!" L'Abitibi n'est pas assez connue, déplore-t-elle. Je suis toujours étonnée quand je rencontre des gens pourtant cultivés qui n'arrivent pas à la situer sur une carte. Je crois que c'est dû en partie au manque de développement touristique de la région. Il y a pourtant ici des pourvoiries magnifiques et c'est le paradis des chasseurs et des pêcheurs. Mais les médias n'en parlent pas beaucoup. En fait, quand je lis un article ou que je vois un reportage où on traite de l'Abitibi, c'est qu'on parle des problèmes de la région."
Pour continuer à apprécier son travail comme sa région, le Dr Léger en est venue à prendre des décisions à propos de sa carrière. "Il faut faire des choix si on veut maintenir une certaine qualité de vie, expose-t-elle, et cela suppose d'abandonner certaines activités. Par exemple, je songe à cesser de faire de l'obstétrique et de l'hospitalisation et à me retirer de la sphère médico-administrative. Ce sont des choix douloureux, malheureusement, parce que nous ne sommes pas nombreux ici et que quand un médecin réduit ses activités, ce sont ses collègues qui écopent, d'une certaine façon. Mais d'un autre côté, nos priorités changent avec le temps. Quand je me suis installée à Rouyn-Noranda, j'étais une célibataire sans enfants, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui. Je veux du temps pour ma famille et aussi pour ma clientèle privée. À l'heure actuelle, je ne peux consacrer à mes patients que deux jours et demi par mois à mon bureau et c'est nettement insuffisant. Enfin, j'espère bien que d'autres médecins viendront vivre ici, ce qui nous permettrait d'avoir une charge de travail moins lourde."
Et on ne peut qu'espérer la même chose, pour nos confrères en place comme pour la population. Qui sait, peut-être finira-t-on par découvrir qu'au-delà du cliché des forêts d'épinettes enneigées, l'Abitibi est une région où il fait bon vivre malgré tout et que ses habitants ont besoin de plus d'un médecin dévoué comme l'est le Dr Léger.]