Parution: septembre 1998

La Danse autour du fou : un ouvrage important du Dr Hubert Wallot


Le sous-titre Entre la compassion et l 'oubli de La Danse autour du fou le dit bien, ce n'est rien de moins qu'à un "survol de l'histoire organisationnelle de la prise en charge de la folie au Québec depuis les origines jusqu'à nos jours" que nous convie le Dr Hubert Wallot dans son dernier ouvrage. Et ce pari ambitieux, ce professeur à la Télé-Université du Québec et psychiatre au centre hospitalier Robert-Giffard le gagne haut la main dans un livre passionnant qui dresse le portrait de près de trois siècles de changements conceptuels et organisationnels.

Le lancement de La Danse autour du fou : les Drs Camille Laurin, Hubert Wallot, Mme Diane Frezza, le Dr Hugues Cormier et M. Albert Painchaud

Paru chez MNH au printemps dernier, La Danse autour du fou se veut le premier tome d'une histoire de la folie au Québec, des Amérindiens à la Nouvelle-France en passant par le dix-neuvième siècle jusqu'à nos jours, le tout en mettant l'accent sur les grands établissements hospitaliers. C'est le Dr Camille Laurin qui signe la préface de l'ouvrage. Il ne manque pas d'y dire son admiration pour le travail du Dr Wallot, car, comme il le souligne, l'histoire de la prise en charge des malades au Québec n'avait jamais été relatée dans sa totalité et dans un seul ouvrage.

Les éloges sont venus en grand nombre lors du lancement de La Danse autour du fou, que ce soit de la part du directeur du département de psychiatrie de l'Université de Montréal, le Dr Hugues Cormier, ou encore de M. Albert Painchaud, directeur du centre hospitalier Louis-H. Lafontaine, qui a prédit que ce livre deviendrait une véritable bible pour tous les intervenants du milieu de la santé. Le Dr Laurin a aussi vanté La Danse autour du fou en le qualifiant de travail colossal fort bien documenté qui est l'oeuvre d'un visionnaire.

L'idée de ce livre est venue au Dr Wallot à la suite de l'écriture d'articles sur le système de santé québécois pour lesquels il avait déjà ramassé une bonne somme de documentation. Ce livre de plus de 400 pages bourré d'informations, il l'a rédigé remarquablement vite compte tenu de l'ampleur du travail qu'il supposait. Il en a d'abord jeté les bases en 1989-90, puis a abandonné son projet pour y revenir pendant huit mois en 1995 et deux mois en 1997.

Ce furent des mois de travail fructueux, à n'en pas douter, puisque le lecteur a droit à une foule de renseignements, de la description des Loges de Montréal, véritables cellules où sont enfermés des patients au début du dix-huitième siècle, en passant par les tristement célèbres expériences du Dr Ewen Cameron, le fondateur du Allan Memorial Institute, ou encore par le récit de la commotion que causa la publication de Les fous crient au secours en 1961.

Les membres de l'AMLFC y découvriront même que le fondateur de notre association, le Dr Michel-Delphis Brochu, a été un des personnages de l'histoire de la santé mentale au Québec puisqu'il a été le surintendant de l'Asile de Saint-Michel-Archange à partir de 1903. Le Dr Brochu, nous apprend entre autres les Dr Wallot, a mis en place des salles d'alitement pour le traitement par le repos de certains patients, voulant ainsi les élever à la "dignité de véritables malades". Il restera en poste jusqu'en 1923, date à laquelle il abandonnera ses fonctions devant l'entente faisant de Saint-Michel-Archange un établissement d'enseignement universitaire.

"On découvre toujours des choses fascinantes en se penchant sur l'Histoire, affirme le Dr Wallot. Par exemple, j'ai été frappé par l'exemple des Amérindiens qui pratiquaient une approche communautaire et humaine à l'égard de leurs fous. J'ai aussi découvert la figure du Dr James Douglas qui a fondé avec deux autres médecins l'Asile de Beauport. C'était un chirurgien et un véritable aventurier très débrouillard et généreux. En fait, j'ai été étonné par cette grande générosité qui présidait souvent aux changements. Il y avait des gens entreprenants et ils faisaient des choses étonnantes avec beaucoup de coeur."

Cette générosité, c'est la compassion qui vient avant l'oubli comme le décrit le livre du Dr Wallot. "Le titre l'explique bien, dit ce dernier. À chaque époque, nous avons oscillé entre ces deux pôles dans notre recherche de la meilleure solution pour aider les malades. Ainsi, nous sommes passés de la prison à l'asile, de l'hôpital psychiatrique aux centres communautaires au fur et à mesure qu'on abandonnait le mot fou pour parler d'aliéné, de malade mental, etc. À chacune de ces nouvelles catégorisations correspondait une nouvelle solution qu'on croyait bonne selon les espoirs et les croyances de l'époque. Par exemple, les asiles qui nous semblent aujourd'hui si abominables étaient au moment de leur création de vrais refuges pour les malades, qui s'y trouvaient probablement mieux que dans un milieu qui ne voulait pas d'eux. On les a vraiment créés par compassion, pour le bien des patients. Et puis, ils sont devenus surpeuplés, l'argent a manqué et les conditions ont changé. Résultat, les pensionnaires des asiles ont été mis à l'écart de la société et ont sombré dans l'oubli. Plus près de nous, pensons maintenant à la désinstitutionnalisation; n'est-ce pas la même idée intéressante qui devient un problème faute d'argent et de moyens pour bien la réaliser?"


"Il y avait des gens entreprenants et ils faisaient des choses étonnantes avec beaucoup de coeur."

Ce manque de moyens que nous connaissons en ce moment effraie d'ailleurs le Dr Wallot, il ne s'en cache pas. "Nous allons nous piéger à long terme si nous restreignons sans cesse nos ressources, juge-t-il. Je reconnais à sa juste valeur le travail accompli par les omnipraticiens et les organismes communautaires en matière de santé mentale, mais j'ai peur qu'on leur demande ce qu'ils ne peuvent pas donner. Les ressources communautaires, même si elles peuvent jouer un rôle très important, ne comptent pas toujours sur la présence de professionnels au sein de leurs équipes. Quant aux généralistes, ils ont parmi leur clientèle des patients qui auraient besoin de consulter un psychiatre, par exemple dans les cas de troubles anxieux ou dépressifs qui nécessitent des techniques particulières."

Inquiet pour le sort des patients, le Dr Wallot l'est aussi pour sa spécialité. Il soutient que si dans les ONG on réclame volontiers l'accès à l'expertise psychiatrique, on met de côté le fait que celle-ci est l'apanage des psychiatres! L'accent mis sur le rôle de la biologie dans sa santé mentale l'agace aussi. S'il ne nie pas cette composante, il trouve toutefois qu'elle réduit le rôle du psychiatre en mettant de l'avant la médication au détriment de la relation d'aide qui doit s'établir entre un patient et son médecin dans le cadre d'une thérapie. "Ce ne sont certainement pas les patients qui décrivent eux-mêmes leur maladie comme étant d'abord et avant tout d'origine biologique", proteste-t-il.

Au sein de sa profession, le Dr Wallot se questionne sur les avenues qu'on a empruntées. Peut-être les psychiatres ont-ils eu trop tendance à axer leurs efforts vers une pratique générale, peut-être eux-mêmes ont-ils adopté avec trop d'enthousiasme une pratique dirigée sur le diagnostic et le traitement biologique, s'interroge-t-il. "Trop peu de psychiatres sont orientés vers la réadaptation, trop peu se spécialisent, déplore-t-il. De plus, les vieux patrons qui avaient été formés à différentes écoles se font maintenant rares. Ces expériences vécues par eux à l'extérieur favorisaient la fécondation de nouvelles idées quand ils revenaient au Québec. De plus, il se forme moins de psychiatres au Québec. On viendra à en manquer", prédit-il.

Mais ces pensées peu optimistes, le Dr Wallot n'a sans doute guère le temps de les cultiver entre l'enseignement à la Télé-Université, sa pratique à Robert-Giffard, à L'Enfant-Jésus et au CLSC La Source de Charlesbourg et ses activités de recherche qui portent sur l'évaluation de ressources communautaires ainsi que sa participation au Groupe de recherche sur les impacts psychosociaux du travail. C'est sans compter le second tome de La Danse autour du fou qu'il espère bien finir de rédiger. "Mon travail de recherche et de rédaction se complique arrivé à l'heure actuelle, constate-t-il. Avant, il n'y avait pas une foule d'hôpitaux, alors que l'on retrouve maintenant beaucoup d'institutions de toutes les grandeurs, des ressources communautaires, des CLSC, etc. Je crois donc que le second tome, plutôt que d'être un récit, sera fait de petits "flashes" sur divers aspects qui rendront compte de cette réalité éclatée."

Signalons en terminant que depuis 1978, outre son travail à Québec, le Dr Wallot a été psychiatre consultant auprès de divers établissements tels les centres hospitaliers de Sept-Îles, de Chandler et Douglas à Montréal. Il a également été médecin-conseil au Centre hospitalier de Chicoutimi (où il a aussi enseigné à l'Université du Québec), à la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean et au Centre de santé publique de Québec.

Ses études médicales et sa maîtrise en physiologie se sont déroulées à l'Université de Sherbrooke et il s'est formé en psychiatrie à l'Université McGill. Il a ensuite complété une maîtrise en santé publique à Harvard et un doctorat en gestion à l'Université Laval. Touche-à-tout, le Dr Wallot a aussi étudié la philosophie, la psychologie sociale et détient une maîtrise en littérature française.

On peut se procurer La Danse autour du fou pour 39,95 $ en contactant les Publications MNH inc. au 3947, rue Chabanel, Beauport (Québec) G1E 4M7 ou encore en télécopiant sa commande au (418) 668-8961.]