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Parution: août 1998
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Pour améliorer la qualité de la pratique médicale, le Dr Denis Laberge mise sur la collaboration et le bon sens de chacun |
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On dit parfois des médecins qu'ils sont des individualistes dans l'âme, des esprits indépendants qui aiment bien mener leur barque comme bon leur semble. Ils n'en doivent pas moins répondre à des règles qui régissent leur pratique. Voilà le champ d'activité du Dr Denis Laberge, un urologue qui a troqué sa spécialité pour se joindre au Collège des médecins du Québec où il est directeur adjoint à la Direction de l'amélioration de l'exercice, comme auparavant sous le nom de Service d'inspection professionnelle. Le mot "inspecteur" évoque pour vous l'image d'un bouledogue hargneux tout prêt à monter des vétilles en épingle? Voilà qui ne correspond pas du tout au Dr Laberge. Courtois et affable, ce dernier mise plutôt sur la collaboration et le bon sens de chacun pour mener à bien sa mission, c'est-à-dire s'assurer que l'exercice professionnel des médecins répond aux normes de qualité en vigueur. |
![]() Le Dr Denis Laberge |
En 1989, le Dr Laberge avait derrière lui une carrière de quinze ans consacrée à l'urologie. Depuis un an, il agissait à l'occasion comme médecin examinateur pour le Collège des médecins du Québec en ce qui concerne le certificat de spécialiste en urologie et comme membre substitut du comité d'inspection professionnelle. J'aimais bien cela. Tranquillement, j'ai pensé à abandonner l'urologie pour l'inspection professionnelle. Une décision un peu difficile, juge-t-il rétrospectivement, puisqu'il me fallait faire un deuil. Mais j'étais conscient que j'en étais arrivé à une autre étape et j'avais envie de nouveauté. De plus, en tant que chef de service, je commençais à sentir les effets des compressions budgétaires et cela rendait mes fonctions administratives plus difficiles. Somme toute, le moment était bien approprié pour faire un virage vers autre chose."
Pendant cinq ans, le Dr Laberge a donc été médecin inspecteur au Service d'inspection professionnelle du Collège. Il est ensuite devenu directeur adjoint du Service en 1994. Neuf ans plus tard, il ne regrette pas du tout ce changement de carrière. "Je fais encore des inspections à l'occasion et je trouve cela toujours aussi intéressant, affirme-t-il. Bien sûr, je sais qu'un médecin qui reçoit un avis après une inspection est certainement bouleversé et inquiet. À nous d'expliquer notre méthodologie aux médecins dont nous évaluons le travail et surtout de répéter que notre rapport n'amène pas de sanctions disciplinaires. De façon générale, quand on a bien compris que notre but est d'améliorer des éléments de la pratique, le climat est bon et on a beaucoup moins peur de nos visites. D'ailleurs, je ne vois pas nos inspecteurs comme des policiers ou des surveillants, mais comme des agents facilitant l'amélioration de la qualité de l'exercice Le changement de nom l'indique bien : nous sommes passés de Service d'inspection professionnelle à Direction de l'amélioration de l'exercice. C'est plus positif, non?"
Reste qu'à chaque année, les inspections mettent parfois à jour, au cours des 200 visites de médecins et de la soixantaine d'inspections d'établissements, des situations qu'on doit corriger. Le problème le plus fréquent? La tenue des dossiers, semble-t-il, qui sont précieux pour mesurer la qualité de la pratique médicale. "Trop de médecins considèrent le dossier comme leur outil personnel, explique-t-il. Il y a aussi des médecins qui se fient beaucoup à leur mémoire, surtout ceux qui ont une clientèle stable; ils apprécient donc moins l'utilité de bien documenter ce qu'ils font. Mais nous avons besoin d'un dossier complet; comment évaluer ce qui a été fait si des informations manquent? Ceci étant dit, une bonne tenue de dossiers n'est pas du tout un gage de bonne pratique; d'autre part, certains médecins ne le font pas bien, mais sont très compétents dans leur travail. Il serait cependant souhaitable que chacun soit conscient de l'importance de tenir les dossiers de façon précise, autant pour le bien des patients que pour faciliter le travail des médecins eux-mêmes."
Quant à la qualité des soins, c'est souvent la prise en charge des patients qui pose problème. "On a l'impression que la médecine revêt maintenant un caractère très fragmenté, très ponctuel. Il y a parfois un manque de continuité, de suivi régulier et à long terme. Mais il faut dire que les habitudes de la clientèle n'aident pas non plus. On va souvent d'un médecin à l'autre parce qu'on veut être vu rapidement, qu'on n'a pas envie d'attendre", déplore le Dr Laberge.
S'il a dit adieu à la clinique, on constate cependant que la pratique continue de passionner le Dr Laberge. Le début de sa fascination pour la médecine remonte à il y a 37 ans. "En 1961, alors que je venais de compléter mon cours classique, le choix était restreint en matière de carrières possibles, se souvient le Dr Laberge. Moi, j'étais attiré par les sciences, mais je tenais aussi à donner un aspect humanitaire à mon futur travail. C'est ce qui a fait que je me suis dirigé vers la médecine plutôt que vers une carrière dans le domaine des sciences pures."
Après ses études médicales à l'Université de Montréal, le Dr Laberge a fait de la médecine générale pendant trois ans dans la petite ville de Chambly tout en étant un membre actif de l'hôpital de Saint-Jean. "C'était de la médecine de groupe. Avec deux autres confrères connus à l'université, je partageais ma clientèle. C'était un phénomène assez récent à l'époque; les regroupements de généralistes n'existaient pas encore", remarque-t-il. De cette période où il était médecin de famille, le Dr Laberge conserve de bons souvenirs. Il aimait la polyvalence de sa pratique, la prise en charge de ses patients, qui comptaient aussi bien des parents et leurs enfants que les grands-parents. "C'était très gratifiant, ce contact personnalisé avec les gens, note-t-il. On pouvait faire de tout, de l'obstétrique à la psychiatrie en passant par la pédiatrie et l'urgence."
Après trois ans, le Dr Laberge a eu soif d'autres défis. Certes, il aimait sa pratique, mais il aurait bien voulu pousser plus loin encore ses connaissances. C'est d'abord en plastie qu'il a choisi de faire sa résidence à l'Université de Montréal. Il a ensuite bifurqué vers l'urologie, séduit par un stage et par l'exemple du Dr Paul Dessureault, de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, qui a compté pour beaucoup dans son changement d'orientation.
Sa formation en urologie complétée en 1974, le Dr Laberge a commencé à pratiquer au service d'urologie de l'hôpital du Haut-Richelieu. Cet engagement devait durer quinze ans, jusqu'en 1989. Il a été le président du CMDP en 1976-1977, et chef du département de chirurgie en 1988 et 1989. De son propre aveu, ces années ont été très occupées. Souvent seul, le Dr Laberge ne chômait pas. "La tâche était énorme : la clinique, c'est très exigeant."
"J'ai aussi été actif au sein de l'Association des urologues du Québec, dont j'ai été le secrétaire de 1977 à 1980 et membre du comité d'éducation médicale continue de 1975 à 1977. J'ai également travaillé pour la Fédération des médecins spécialistes du Québec en étant de 1981 à 1983 conseiller, deuxième puis premier vice-président", ajoute-t-il.
À l'heure actuelle, une des choses qui retient l'attention du Dr Laberge, c'est l'évaluation de la relation médecin-patient. "Mais comment l'évaluer? s'interroge-t-il. C'est une dimension extrêmement importante de la pratique, mais la méthodologie que nous utilisons en ce moment ne nous permet pas de mesurer cet aspect. J'aimerais bien que nous puissions développer un outil qui pourrait au moins en mesurer certaines facettes. Idéalement, je voudrais aussi trouver une façon de favoriser la prise en charge des patients par un seul médecin", conclut-il.]