| Le Dr Johanne Blais |
Parution: août 1998
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La médecine de famille est bien vivante et plus dynamique que jamais |
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Le moins qu'on puisse dire, c'est que la future présidente du Collège québécois des médecins de famille ne manque pas d'énergie. Débordante d'enthousiasme et d'intérêt pour tout ce qu'elle touche, le Dr Johanne Blais est une véritable dynamo. Elle a accepté de nous parler de sa trajectoire professionnelle. Quand elle était étudiante en médecine, Johanne Blais était tentée par toutes les spécialités qu'elle rencontrait au fil de ses stages dans différents hôpitaux de Québec. Elle a finalement adopté la solution de ceux qui sont attirés par toutes les dimensions de la médecine : la médecine de famille. Aujourd'hui médecin de famille au pavillon Saint-François d'Assise du CHUQ, le Dr Blais est toujours ravie de son choix et plus que jamais impliquée dans son milieu. |
![]() Le Dr Johanne Blais |
"Les médecins de famille que j'ai rencontrés pendant mes études avaient l'air d'adorer leur travail, de l'urgence à l'enseignement aux résidents. Alors, au terme de mes quatre ans d'études, je n'ai plus hésité, je me suis dirigée vers la médecine de famille. Et je ne l'ai jamais regretté", affirme-t-elle.
Le Dr Blais aurait toutefois tout aussi bien pu choisir la médecine sportive. Car si pour les uns le choix de la médecine ressemble à une ligne droite qui les mène directement à une Faculté, pour les autres, il y a des détours. Le Dr Blais fait partie de ceux-là. "Ma première formation, c'est un baccalauréat en activité physique et une maîtrise en conditionnement physique", rappelle-t-elle. Pourtant, enfant, elle avait songé à la médecine à cause de son intérêt pour les gens. Mais son envie de faire de la prévention se traduisit tout d'abord dans le milieu du sport. Et puis, les années passant, son vieux rêve de petite fille refit surface et elle s'inscrivit à la faculté de médecine de l'Université Laval.
Entre-temps, Johanne Blais n'a pas chômé. De retour dans sa Beauce natale, elle travailla dans des centres sportifs, de 1983 à 1985, en plus de donner des cours de danse aérobique. Elle a entraîné les membres d'un club de course à pied. Les horaires étaient irréguliers, les conditions de travail pas toujours idéales, mais elle garde un bon souvenir de cette première carrière: "C'est là que j'ai appris à mettre sur pied des événements et à toucher à toutes les facettes de l'organisation."
Sa deuxième formation, Johanne Blais l'entama avec l'enthousiasme qui la caractérise. Ayant déjà l'expérience des études universitaires et quelques connaissances en anatomie, elle juge que sa maturité l'a bien servie lors de sa réorientation. "Il y a certainement des jeunes qui sont prêts à commencer leurs études en médecine en sortant du cégep, mais ce n'était pas mon cas, dit-elle. Pour ma part, je suis satisfaite de mon cheminement. Je pense qu'après avoir été sur le marché du travail, j'avais un peu plus d'expérience, ne serait-ce que de la nature humaine."
À la fin de ses études, en 1991, c'est à Gaspé que le Dr Blais s'est installée pour pratiquer. "Un endroit de rêve! s'exclame-t-elle. Un des plus beaux coins du Québec, aux hivers pas aussi froids qu'on le prétend." À Gaspé, outre son bureau privé, le Dr Blais faisait de l'enseignement à l'unité de médecine familiale, de l'urgence, de l'hospitalisation et a travaillé dans une unité gériatrique de soins de courte durée. "C'était très stimulant, trois années magnifiques, juge-t-elle. J'en suis revenue convaincue que c'est une excellente expérience pour un jeune médecin que d'aller d'abord en région éloignée : nos connaissances sont toutes fraîches, on a de l'enthousiasme et c'est la meilleure école pour apprendre à toucher à tout. De plus, à Gaspé, le contact avec les spécialistes était très agréable et stimulant."
En fait, n'eut été de son envie de collaborer encore plus étroitement avec l'Université Laval, le Dr Blais serait probablement encore à Gaspé. Mais, en septembre 1994, elle disait adieu à la mer pour retrouver Québec où l'attendait un poste à l'unité de médecine familiale du pavillon Saint-François d'Assise, avec sensiblement les mêmes tâches qu'en Gaspésie.
À Saint-François d'Assise aussi, le Dr Blais enseigne donc aux résidents en tant que professeur de clinique. C'est là une tâche qui lui plaît énormément puisqu'elle a hérité des talents et des goûts de sa mère, une enseignante. "Au fil du temps, on développe des façons de faire, on évolue comme professeur et comme médecin, remarque-t-elle. Et les résidents nous aident dans cette transformation; ils nous obligent à rester à la fine pointe des développements scientifiques et nous font aussi réfléchir sur l'importance de préserver notre qualité de vie."
Mais si sensible qu'elle soit à l'importance d'avoir une vie équilibrée, le Dr Blais avoue en riant qu'elle a de la difficulté à se réserver du temps pour elle-même. "Quand on est passionné par son travail comme je le suis, c'est très facile de se donner complètement à ses tâches. Mais j'essaie de garder un peu de temps pour moi, pour mes activités personnelles." Parmi ses loisirs, du sport, bien sûr - surtout de la bicyclette, de la course, du tennis et du ski alpin - mais aussi la lecture, le théâtre, le cinéma et la musique. Elle joue même du piano. "C'est le sport qui me détend et me donne de l'énergie, pense-t-elle. Je le remarque davantage les semaines où je n'ai pas le temps d'en faire autant que je le voudrais. Mais les activités culturelles sont aussi très importantes pour moi; je voudrais bien pouvoir profiter d'une seconde vie pour consacrer tout mon temps à la littérature et à la musique!"
C'est cependant encore le travail qui occupe la plus grande partie de son existence. Et loin de s'en plaindre, le Dr Blais en est très satisfaite. Comme nous l'avons dit, l'enseignement la comble. Avec les futurs médecins qu'elle contribue à former, le Dr Blais tente d'explorer une dimension essentielle de la médecine : le respect de la vie humaine. En bon médecin de famille qu'elle est, la relation patient-médecin prime pour elle, avec tout ce que cela suppose d'écoute et de respect des choix. "Nous devons parfois faire face à des situations graves, comme ces patients qui décident délibérément de ne pas prolonger leur traitement. Je veux que les résidents soient exposés à ce genre de cas. Cela nous fait réfléchir sur des questions très importantes. Mais pas besoin d'affronter des situations si dramatiques tous les jours; on peut aussi bien apprendre d'une patiente dont on découvre que le mal de tête dissimule un problème bien différent. Finalement, ce qui compte pour moi, c'est que les résidents apprennent à voir les patients comme un tout, et non pas comme une rate malade ou un poumon en mauvais état."
Ce en quoi croit le Dr Blais, c'est aussi la prise en charge du patient par lui-même, selon ses forces et ses capacités. Si elle est convaincue que le médecin se doit d'être un interlocuteur humain et attentif, elle le voit également comme le catalyseur qui, à force d'enseignement, favorisera chez le patient la prise en charge de sa santé. "Mais c'est une vision exigeante, admet-elle, parce que cela demande du temps et de la persévérance et que le temps est devenu un luxe dans notre contexte."
On ne s'en étonnera pas, considérant ses antécédents, le Dr Blais porte une attention toute particulière à la prévention et aux habitudes de vie de ses patients en ce qui a trait à l'activité physique. Au début de sa carrière, elle était prompte à recommander à sa clientèle de bouger de toutes les façons possibles. "J'ai fini par réaliser que ce n'est pas tout le monde qui aime faire du sport, reconnaît-elle, et je suis plus nuancée maintenant. Si un patient commence à jardiner ou s'il prend l'habitude de faire une petite promenade après le souper, c'est très bien; je suis contente qu'il soit un peu plus actif."
En tant que clinicienne, même si elle a une clientèle très variée, elle porte un intérêt spécial à la santé des femmes. "On a souvent défini exclusivement la santé féminine par son aspect gynécologique, mais la santé des femmes couvre un domaine beaucoup plus large que cela", observe-t-elle. Médecin coordonnateur du programme de dépistage du cancer du sein pour la région de Québec, le Dr Blais agit comme formatrice dans le cadre d'ateliers destinés aux omnipraticiens. Elle oeuvre également dans un centre voué à la ménopause. "La ménopause est une réalité qui arrive inévitablement dans la vie de toutes les femmes et nous devons nous en occuper", croit-t-elle.
Depuis son retour à Québec, le Dr Blais a pu se consacrer à une de ses passions, l'éducation médicale continue. C'est ainsi qu'elle donne des ateliers sur l'examen médical périodique pour le Collège des médecins de famille du Canada et participe à des sessions de formation données par la FMOQ. Elle fait aussi partie du comité de rédaction de L'Omnipraticien et collabore à L'Actualité médicale, où elle signe des critiques d'articles scientifiques. On peut aussi la lire à l'occasion dans Le Médecin du Québec, à moins qu'on ne la rencontre dans un des divers comités organisateurs d'événements scientifiques.
Au Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ), le Dr Blais fait partie du comité exécutif. "C'est un domaine complètement différent qui me fait prendre conscience de toute la complexité de la gestion hospitalière. C'est un travail plus aride, mais j'y apprends beaucoup; c'est intéressant de vivre toutes ces expériences qui me permettent de me familiariser avec toutes les facettes de notre pratique."
Présidente désignée du Collège québécois des médecins de famille, elle accédera à la présidence en octobre 1998. "C'est un très beau défi que de convaincre les médecins d'adhérer à notre organisation, affirme-t-elle. Le Dr Francine Léger, qui m'a précédée, a fait un excellent travail et je suis très fière de prendre sa suite."
Avait-on encore besoin d'une preuve supplémentaire que la médecine de famille est bien vivante et plus dynamique que jamais? Si besoin était, le Dr Blais nous aura certainement démontré que la médecine de famille est une discipline fascinante et qu'on peut y accomplir beaucoup de choses.]