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Parution: juillet 1998
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L'orthopédie, un choix gagnant pour le Dr Claude Godin |
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Ce membre de l'AMLFC affirme qu'il n'y a pas plus grand plaisir pour un médecin que de constater que son travail a permis à un patient de reprendre une vie normale. Et c'est ce que le Dr Claude Godin, chirurgien-orthopédiste, vit encore tous les jours dans sa pratique au campus Hôtel-Dieu du CHUM. Pour remonter aux origines de la vocation médicale du Dr Godin, il faut faire un saut d'un peu plus de trente ans dans le passé. En 1967, étudiant dans un collège, le jeune Godin n'a pas de plan de carrière précis en tête. Par contre, il est stimulé par l'exemple de certains de ses compagnons d'études qui veulent devenir des médecins. Attrait supplémentaire, le contingentement qui restreint l'accès aux études médicales lui paraît un défi à relever. "Mais aussi, il y avait l'aspect humanitaire de la profession, souligne-t-il. Pour moi, l'association de la science et de l'humanisme, l'alliance des valeurs humaines, morales et sociales avec la science me semblait un mélange parfait. Finalement, être médecin, cela représentait pour moi le plaisir de combiner tout ce qui m'intéressait." |
![]() Le Dr Claude Godin |
Tout joyeux d'être accepté à la faculté de médecine de l'Université de Montréal, l'étudiant déchante toutefois un peu par la suite. Son bel idéal d'humanisme et de découverte des merveilles de la science se heurte à une réalité beaucoup moins exaltante : la vie d'étudiant. "C'étaient des études un peu bêtes, juge-t-il maintenant. On se retrouvait à passer nos soirées à mémoriser sans trop les comprendre des éléments de biochimie, d'anatomie, etc. Peu d'accent était mis sur le contact avec les patients et même l'aspect scientifique était ennuyeux. Nous apprenions par coeur le nom des veines et des artères. Tout nous semblait abstrait et sans utilité apparente. En fait, nous étions coupés de la réalité : la maladie, les patients, tout ça était bien loin pendant nos heures d'étude à la bibliothèque. Bref, j'ai trouvé très pénibles ces deux premières années."
Le vrai coup de foudre pour la médecine, c'est en fréquentant les hôpitaux qu'il est venu. Rien d'aride, rien d'ennuyeux au contact des patients. Enfin, il commençait à comprendre que les longues heures consacrées à la mémorisation de mille et un détails avaient leur importance quand on se trouvait au chevet d'un malade. "C'est là que j'ai saisi tout le plaisir qu'on peut avoir à appliquer des connaissances scientifiques qui se traduisent concrètement par une meilleure qualité de vie pour une personne", raconte-t-il.
Au terme de ses études médicales, le Dr Godin a eu envie de se spécialiser. "Pour être plus efficace selon mes critères, pour aller encore plus loin", explique-t-il. Il aurait pu choisir la psychiatrie, une discipline qui le fascinait, et a été fortement tenté par l'obstétrique-gynécologie. Mais c'est l'orthopédie qui l'a emporté, en grande partie grâce à un professeur qui l'a vivement impressionné, le Dr Guy Laffont de l'hôpital Saint-Luc. "Je ne connaissais rien à l'orthopédie, qui n'était pratiquement pas étudiée pendant notre formation, mais je me disais que s'il aimait encore cela après vingt ans, c'est que ça devait être drôlement intéressant!" se souvient-il.
En ce début des années 70, selon le Dr Godin, l'orthopédie n'était pas la spécialité la plus connue. "Quand on apercevait un orthopédiste en milieu hospitalier, on ne savait pas trop ce qu'il faisait au juste, plaisante-t-il. L'orthopédie était d'une certaine façon considérée comme un genre de "menuiserie humaine" réservée aux médecins costauds. Une blague de l'époque disait même que pour être orthopédiste, il fallait être aussi fort qu'un cheval, mais pas nécessairement aussi intelligent! En choisissant l'orthopédie, j'avais donc l'impression d'entrer dans un groupe un peu marginal."
Aujourd'hui, bien sûr, la situation a changé. Médecine du travail, médecine sportive, santé des personnes âgées, autant de domaines où les orthopédistes sont impliqués. L'orthopédie version 1970 n'a pratiquement plus rien à voir avec la pratique de 1998. Le Dr Godin est fier de souligner que sa discipline a su évoluer et se transformer sous l'effet de l'explosion des techniques chirurgicales. Mais même avant que sa spécialité soit mieux connue, le Dr Godin l'a appréciée. "Pendant ma résidence, j'ai découvert une discipline extraordinaire; notre champ d'activité est très humain en ce sens où la douleur et les atteintes fonctionnelles font partie de notre travail. Pour moi, la perspective de faire retrouver ses fonctions à une personne, ou à tout le moins d'essayer de les améliorer, était merveilleuse. Je trouvais très intéressant aussi, en plus de la technique chirurgicale, d'avoir à bien évaluer l'impact de l'environnement des patients sur leur santé."
Autre point important pour le Dr Godin, l'orthopédie lui garantissait la variété dans son travail. Grand choix de traitements pour de nombreuses pathologies, interventions variées pour plus d'un problème, voilà qui attirait un jeune médecin désireux d'éviter la routine. "Ma résidence a vraiment été un moment très plaisant, observe-t-il. J'ai retrouvé chez les orthopédistes qui m'ont formé, à Montréal et à Toronto, le même intérêt pour leur travail que celui qui m'avait séduit chez le Dr Laffont. Je pense entre autres au Dr Carol Laurin, le directeur du programme d'orthopédie, une vraie source de motivation. L'attitude était partout la même : respect de la personne humaine, de sa vie, de ses besoins."
Au fil des années, le Dr Godin a aussi apprécié le développement de sa spécialité. En effet, on opte pour une opération moins rapidement aujourd'hui que par le passé. "Maintenant, il s'agit de déterminer à qui une intervention chirurgicale rendra vraiment service parce que beaucoup de pathologies peuvent être traitées autrement, constate-t-il. Cela coïncide aussi avec le fait que le temps opératoire doit être géré de plus en plus strictement pour répondre aux impératifs du système."
La carrière du Dr Godin s'est entièrement déroulée à l'Hôtel-Dieu depuis ses débuts, en 1978. Il est depuis dix ans chef du service d'orthopédie et a été chef par intérim du département de chirurgie pendant deux ans. "L'administration, on y prend goût lentement, croit-il. Pendant mes premières années de pratique, j'étais essentiellement intéressé par les soins aux patients et par la maîtrise de la chirurgie. Il faut comprendre qu'une carrière de chirurgien n'est pas éternelle; nous avons tous envie de nous retrouver le plus souvent possible en salle d'opération. Et puis, j'ai commencé à avoir envie d'agir sur les choses qui me déplaisaient et j'ai décidé de m'impliquer dans différents comités hospitaliers. Ces expériences m'ont initié à l'importance de l'administration et m'ont fait comprendre à quel point il était essentiel de s'impliquer pour améliorer tant la situation des médecins que la qualité des soins aux patients."
Somme toute, l'orthopédie a donc été un choix gagnant pour le Dr Godin. Et quand il fait le bilan de sa carrière comme celui des transformations qu'a connues sa discipline, il peut afficher un sourire satisfait. "Nous étions considérés comme un peu marginaux, mais maintenant nous avons une place bien à nous parmi les différentes spécialités, apprécie-t-il. Aujourd'hui, il n'est pas rare de voir des orthopédistes occupant des postes de direction. La communauté médicale a aussi reconnu le caractère novateur de l'orthopédie en matière d'éducation médicale continue, par exemple avec le travail du Dr Jacques Des Marchais, vice-doyen de la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke.
"Le plaisir de mesurer l'utilité de nos gestes ne s'use pas, conclut-il. Quand un médecin se fait dire merci par un patient, c'est tellement valorisant qu'on comprend pourquoi certains d'entre nous travaillent autant."]