Le Dr Michèle Moreau
Parution: juin 1998
Une pratique médicale consacrée aux femmes et à leur santé

Depuis 25 ans, le Dr Michèle Moreau fait rimer médecine et population féminine. Des adolescentes intimidées par leur premier examen gynécologique aux femmes avides d'en savoir plus sur la ménopause, la directrice des cliniques de ménopause et de planification familiale au campus Notre-Dame du CHUM s'est toujours consacrée aux femmes et à leur santé.

À l'heure actuelle, c'est la ménopause qui intéresse le Dr Moreau. "C'est une période intéressante, pleine de changements, et les femmes ont besoin d'être renseignées sur le sujet. Dans le fond, c'est tout simplement le prolongement de la vie fertile et la pratique n'est pas très compliquée selon moi." Le Dr Moreau s'attache donc à donner tous les renseignements possibles sur le sujet pendant des conférences très courues qu'elle donne au campus Notre-Dame du CHUM. Chaque fois, l'auditorium est plein et les participantes repartent ravies de leur expérience. Le Dr Moreau a aussi participé à trois documents vidéo sur l'hormonothérapie réalisés par la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada, les firmes Pharmacia & Upjohn et Ciba-Geigy Canada.


Le Dr Michèle Moreau

Le Dr Moreau pratique au département d'obstétrique-gynécologie du campus Notre-Dame du CHUM depuis 1990. Auparavant, sa carrière s'était surtout déroulée dans des CLSC. Très rapidement, elle a constaté le grand besoin des patientes en matière d'information sur la ménopause.

Avant de donner des conférences sur ce thème, elle a commencé par réunir quelques patientes pour des rencontres de groupe. Autour de la table, les questions fusaient, bien souvent à propos de l'hormonothérapie. Une première conférence dans une petite salle de 40 places a été un succès, encourageant le Dr Moreau à répéter l'expérience dans une salle plus grande. Aujourd'hui, c'est l'auditorium Rousselot de Notre-Dame qu'elle remplit plusieurs fois par année, sans autre publicité que le bouche à oreille.

La ménopause, le Dr Moreau en parle aussi à ses pairs. Au cours des dernières années, elle a participé à de très nombreuses réunions scientifiques sur le sujet, ici et à l'étranger, aussi bien en tant qu'organisatrice que conférencière. Elle collabore également à des recherches cliniques liées à l'hormonothérapie et à la contraception.

Bien avant de devenir une spécialiste de la ménopause, le Dr Moreau a été une petite fille qui rêvait de médecine en sautant à la corde dans sa cour de récréation. Dans les années 60, il n'était pas encore si courant pour une fillette de vouloir une carrière et encore moins dans le domaine de la médecine. C'était pourtant le projet que caressait la petite Michèle Moreau depuis son plus jeune âge, encouragée par son père, dentiste. Bien des années plus tard, en entrevue de sélection en vue de son admission à la faculté de médecine de l'Université de Montréal, on lui demandera tout de même... si elle compte se marier bientôt! "Il y avait peut-être une dizaine de femmes sur la centaine d'étudiants admis cette année-là, se souvient-elle. Mais honnêtement, jamais je n'ai été victime de discrimination ni reçu de traitement de faveur parce que j'étais une femme. Bien sûr, dans les hôpitaux, certains patients nous confondaient avec des infirmières et réclamaient haut et fort le médecin, mais je trouvais cela plutôt amusant."

Son tout premier travail, le Dr Moreau l'aura en 1973 au centre de médecine de l'Hôtel-Dieu, une prolongation de l'urgence. "C'était très rassurant pour moi de me retrouver en milieu hospitalier, constate-t-elle. Je n'avais que 24 ans et je ne me sentais pas encore assez sûre de moi pour ouvrir mon propre bureau et pratiquer toute seule."

Suivra en 1975 un autre défi : le service de santé de l'Université du Québec à Montréal où le Dr Moreau donnera tant des consultations que des séances d'information sur la santé aux étudiants, professeurs et employés de l'UQAM. "Une pratique intéressante et d'avant-garde, juge-t-elle, puisque les infirmières occupaient une place importante et avaient beaucoup d'autonomie dans leur travail." Mais le service de santé de l'UQAM finira par fermer ses portes, le jeune CLSC Centre-ville prenant la relève.

Justement, en 1978, le CLSC Centre-ville en est à jeter les bases de la Clinique des jeunes Saint-Denis, fraîchement fondée depuis un an pour répondre aux besoins des 15-25 ans. Le Dr Moreau participera à sa création et y pratiquera pendant cinq ans. "Déjà, ma clientèle commençait à être majoritairement féminine; c'étaient des jeunes filles qui se préoccupaient de contraception, de sexualité et de MTS", se rappelle-t-elle. La tâche est enthousiasmante mais lourde : entre ses consultations, le Dr Moreau organise des séances d'information pour des groupes de jeunes ou de parents et donne des entrevues à des médias pour faire connaître la Clinique des jeunes Saint-Denis en plus de s'occuper de ses deux jeunes enfants.

C'est à cette époque que le Dr Moreau se penchera sur la question de l'avortement. Déjà à l'UQAM, elle avait vu des jeunes filles désemparées, bouleversées devant une grossesse non désirée. À la Clinique des jeunes, elles sont encore plus nombreuses. Il faut faire quelque chose pour les aider, croit-elle. Le Dr Moreau fera donc partie de l'équipe médicale ayant instauré la pratique de l'IVG dans les CLSC Centre-ville et Saint-Hubert et au Centre de santé des femmes de Montréal.

"À ce moment-là, on avait le choix entre l'avortement payant en clinique privée et l'avortement gratuit en milieu hospitalier, explique-t-elle. Dans les hôpitaux, les cas de femmes désirant une IVG devaient être soumis à un comité qui, la plupart du temps, consentait sans problème à l'intervention. Mais reste que l'avortement à l'hôpital était une intervention très "médicalisée" avec soluté et tout. Et puis, il y avait parfois un temps d'attente très pénible pour les femmes. D'autres médecins et moi-même étions persuadés que nous pouvions faire la même chose dans un CLSC, de façon plus simple et plus rapide. Je me suis donc rendue à Notre-Dame pendant plusieurs mois pour m'initier à la technique et ensuite former d'autres médecins. Après un an d'efforts communs au Centre de santé des femmes, chaque CLSC participant au projet a pu offrir ce service dans ses propres locaux."

Après cinq ans à la Clinique des jeunes Saint-Denis, le Dr Moreau quitte le quartier latin pour traverser le fleuve, direction CLSC de Saint-Hubert. Là, sa pratique s'élargit encore. Elle fait toujours de la planification familiale, mais aussi de la gynécologie générale et de l'enseignement aux résidents en médecine familiale de l'Université de Montréal. "J'ai aussi continué à m'occuper des jeunes, dit-elle. Nous nous rendions sur le terrain, dans des écoles secondaires, pour des séances d'information sur la contraception et les MTS, nous montions des stands dans des centres commerciaux." Le Dr Moreau collabore aussi à cette époque à un document vidéo de l'Association des sexologues du Québec intitulé La sexualité inachevée : la connaissance du corps, qui obtient beaucoup de succès tant dans les écoles qu'à la télévision communautaire. J'adorais présenter ce document vidéo, affirme-t-elle. Il suscitait beaucoup de questions chez les jeunes et je crois qu'il les incitait à consulter un médecin en démythifiant les examens gynécologiques et urologiques."

En 1985, le Dr Moreau participera aussi au documentaire de la réalisatrice Suzanne Guy sur l'avortement, C'est comme une peine d'amour. "Un beau film sensible et touchant sur le phénomène, juge-t-elle. La réalisatrice est venue très souvent au CLSC pour bien comprendre tout ce qui entoure l'IVG et a filmé un avortement. Le documentaire a ensuite connu une belle carrière et on l'a même diffusé deux fois dans la même année à Radio-Canada tant la demande pour le revoir était forte."

La Rive-Sud a beau avoir un charme certain, il n'en reste pas moins que s'y rendre chaque main quand on doit conduire ses enfants à l'école dans le nord de Montréal relève de la haute voltige. Justement, le CLSC de Rosemont cherche un médecin. Ce sera le Dr Moreau qui se joindra à l'équipe en 1986 pour initier un programme d'intervention multidisciplinaire pour les adolescents qui l'amènera de nouveau dans des écoles secondaires. Elle commencera aussi à faire de la médecine générale et donnera des séances d'information sur la ménopause et l'hormonothérapie avec d'autres professionnels de la santé.


"La ménopause, c'est une période intéressante, pleine de changements, et les femmes ont besoin d'être renseignées sur le sujet."
- Dr Michèle Moreau

Au même moment, les appels affluent pour le Dr Moreau. Des femmes voient en elle "le" médecin qu'elles désirent. Mais le hic, c'est que si elles n'habitent pas le territoire desservi par son CLSC, il est impossible de les recevoir. L'idée d'ouvrir un bureau germe et devient vite réalité. "Mon père prenait sa retraite au même moment, alors j'ai ouvert mon premier bureau chez lui, dans son cabinet de dentiste. Il a même accepté de me servir de secrétaire. Quand j'y repense, cela avait un petit côté "artisanal". Je me souviens très bien qu'à cette époque, mon père profitait de sa retraite pour se remettre au violon. Pendant que j'examinais mes patientes, on entendait mon père jouer dans une autre pièce. J'ai certainement été le seul médecin à faire des examens gynécologiques en musique!" Très rapidement, son bureau connaît un tel succès que le Dr Moreau en vient à pratiquer à mi-temps au CLSC Rosemont pour se consacrer à sa clientèle privée.

Depuis qu'elle a rejoint l'équipe du département d'obstétrique-gynécologie au campus Notre-Dame du CHUM, le Dr Moreau n'en a pas pour autant abandonné sa clientèle. Fidèle au poste, elle continue à offrir à ses patientes empathie, chaleur humaine et vulgarisation scientifique tout en conjuguant sa pratique au féminin.]