Le Dr Paul Grand'Maison
Parution: juin 1998
Défenseur de la médecine de famille dans le monde universitaire

Le Dr Paul Grand'Maison poursuit le même but depuis près de 25 ans : faire en sorte que la médecine de famille se taille une place de choix, la sienne, dans le monde universitaire. Directeur du Centre de pédagogie en sciences de la santé de la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke et professeur titulaire de médecine de famille, le Dr Grand'Maison a lui-même fait la preuve depuis longtemps que sa discipline est bel et bien une discipline académique et qu'elle peut faire l'objet de publications et de recherches aussi bien que les spécialités.

Ses nombreuses activités de recherche, d'enseignement et d'administration n'ont pas réussi à éloigner complètement le Dr Grand'Maison de la clinique, qu'il a d'abord pratiquée intensivement pendant plus de dix ans. Encore aujourd'hui, une demi-journée par semaine, il enfile sa blouse blanche pour recevoir les patients qu'il suit depuis une vingtaine d'années. Il met aussi régulièrement la main à la pâte à la clinique sans rendez-vous de l'unité de médecine familiale et parfois à l'urgence du CUSE, et le fait joyeusement. "J'adore encore le travail clinique et le défi de travailler à l'urgence. Cette pratique m'aide comme médecin de famille à renouveler et à maintenir mes connaissances."


Le Dr Paul Grand'Maison

Mais, amoureux de la variété et du changement, jamais le Dr Grand'Maison n'aurait pu se contenter d'une seule corde à son arc. À Sherbrooke, on l'a vu partout depuis son arrivée, en 1976. Directeur du programme de résidence de 1977 à 1979, il complète ensuite une maîtrise en sciences cliniques à l'Université Western en Ontario avec les Drs Ian McWhensey et Martin Boss. Comme directeur du Bureau de développement pédagogique en 1984-88, il a apporté une importante contribution à la révision du curriculum des études prédoctorales et à la formation pédagogique des professeurs. Feuillette-t-on son curriculum vitae, on voit qu'il a dirigé le département universitaire de médecine de famille en plus de s'occuper en même temps du département de médecine de famille du CHUS de 1988 à 1996. À l'heure actuelle, il cumule aussi les tâches de directeur du Centre de pédagogie en sciences de la santé de la Faculté, de coordonnateur du programme de formation des Néo-Brunswickois francophones de la faculté de médecine de Sherbrooke, de membre du conseil d'administration de l'Université de Sherbrooke et de président du comité pour l'affiliation universitaire du CLSC Gaston-Lessard en plus de représenter la Faculté au Conseil médical du Canada.

En dehors de l'Université de Sherbrooke, le Dr Grand'Maison est aussi très actif. Collège des médecins de famille du Canada, Collège des médecins du Québec, Club de pédagogie médicale du Québec, Association canadienne pour l'éducation médicale, autant d'exemples d'organismes auxquels il a participé ou participe encore, que ce soit en faisant partie de comités ou en tant qu'examinateur. Il est également depuis 1997 membre du Comité national d'agrément des facultés de médecine du Canada.

Son énergie lui vient sans doute de sa conviction profonde que la médecine de famille mérite d'être connue et reconnue. Déjà, jeune médecin fraîchement sorti de la faculté de médecine de l'Université de Montréal, il se joignait au Dr Nadine Saint-Pierre, maintenant décédée, pour mettre sur pied la première unité de médecine familiale à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont. Deux ans plus tard, en 1976, l'Université de Sherbrooke lui offrait de s'intégrer à son équipe. "Comment dire non? J'adorais déjà enseigner et je savais que j'aurais l'occasion de le faire encore plus en Estrie. De l'enseignement aux résidents et aux étudiants, j'ai tout naturellement glissé vers la formation des professeurs de médecine et les questions pédagogiques", raconte-t-il.

Le Dr Grand'Maison affirme que ce sont ses parents qui l'ont indirectement influencé dans son choix de la médecine. "C'est en voyant mes parents, des gens ouverts et disponibles, que j'ai eu moi aussi envie d'aider les autres par la médecine, dit-il. Si j'ai choisi la médecine de famille, c'est tout simplement que je voulais me sentir proche de la communauté, être sur le terrain et utiliser une approche très large sans être limité par une spécialité. Par ailleurs, si je n'étais pas devenu médecin, il est clair que j'aurais opté pour l'enseignement. Mais la vie est bien faite; j'ai pu faire les deux."

Le rayonnement de la médecine de famille, le Dr Grand'Maison y tient et y croit. Et pour lui, cela passe par la transmission des savoirs : "Comme professeurs, il est évident que nous devons faire connaître aux autres les savoirs et expertises que nous développons, participer à des activités de développement, de recherche et publier nos résultats. Mais il n'est pas nécessaire de faire partie du milieu universitaire pour faire sa part. Je dis souvent à des médecins que nous avons un besoin énorme à combler en matière de développement et de publication sur les soins en médecine de famille et l'organisation des soins. Je les encourage à réfléchir et à faire des présentations ou à écrire des articles sur des thèmes qu'ils maîtrisent bien, qui sont en lien avec leur pratique quotidienne et qui seraient utiles à l'ensemble de la profession. C'est cela, le transfert des connaissances, et c'est à la portée de tout le monde."

Pour sa part, le Dr Grand'Maison a développé plusieurs intérêts en recherche au fil des ans : formation pédagogique des professeurs de médecine, évaluation des apprentissages et de la compétence clinique, utilisation optimale des médicaments, intégration de la promotion de la santé dans la pratique clinique, adaptation de l'éducation médicale aux besoins de la population, autant de sujets qui le passionnent. Il a publié à maintes reprises et fait de nombreuses présentations tant ici qu'à l'étranger. Le Dr Grand'Maison a également agi comme évaluateur interne et externe pour le FRSQ, le CRM et l'Association des facultés de médecine du Canada. Il est aussi réviseur pour plusieurs revues scientifiques.

Le Dr Grand'Maison constate maintenant avec satisfaction que les médecins de famille occupent plus de terrain que par le passé. "Il y a une vingtaine d'années, rappelle-t-il, c'était presque une hérésie que de nommer professeur un généraliste. Maintenant que nous sommes plus de 300 au Québec impliqués à divers degrés, j'en suis même à espérer le jour où un médecin de famille sera doyen."


"La clinique et l'urgence m'aident comme médecin de famille à renouveler et à maintenir mes connaissances."
- Dr Paul Grand'Maison

Quant à l'avenir des jeunes médecins, le Dr Grand'Maison est optimiste et l'entrevoit de façon positive. "Ils sont bien formés et plus avertis que nous ne l'étions au sujet de l'apprentissage continu, du travail en équipe et des aspects humanistes de la médecine. Je souhaite cependant que les futurs médecins de famille profitent d'une troisième année de formation qui mettrait l'accent sur les aspects communautaires de la médecine familiale et la recherche. Dans les conditions actuelles, nous n'avons pas le temps de les inciter à faire de la recherche", juge-t-il. Le Dr Grand'Maison redoute aussi que les conditions de pratique ne soient de plus en plus difficiles et que la charge de travail des médecins de famille n'augmente si l'on tient compte de l'implantation souhaitée, et souhaitable selon lui, de la hiérarchisation des services médicaux.

Pour se détendre, le Dr Grand'Maison compte sur le sport. Ski de fond avec sa fille et hockey avec son fils, bicyclette et randonnée pédestre en été forment ses loisirs, tout comme le cinéma que son épouse et lui apprécient. Mais chez les Grand'Maison, l'atmosphère est studieuse et on passe beaucoup de temps à l'Université de Sherbrooke. Son épouse, Nicole Bolduc, qui complète actuellement un doctorat, y enseigne les sciences infirmières tandis que leurs enfants, Hugues et Geneviève y étudient, l'un en génie et l'autre en médecine. "Nicole m'a toujours apporté un support précieux tout au long de ma carrière, affirme le Dr Grand'Maison, et j'essaie de lui rendre la pareille pour le développement de la sienne."

Devant le choix de sa benjamine de suivre ses traces, le Dr Grand'Maison est bien sûr content, même s'il jure bien n'avoir jamais tenté de l'influencer. Mais il lui a peut-être dit, comme aux étudiants qu'il rencontre : "La médecine, c'est une des plus belles professions malgré ses difficultés. Nous pouvons encore décider de la qualité de la relation qui s'établira entre nous et nos patients et nous avons le choix entre une foule d'activités. Moi, je suis encore emballé."]