Le Dr Alban Perrier
Parution: juin 1998

Un médecin à la forte personnalité
Il a su impri
mer sa marque partout où il est passé


Vous avez peut-être déjà vu ce membre de l'AMLFC à la télévision, imperturbable face aux questions pressantes des journalistes. Il s'agit du Dr Alban Perrier, directeur des services professionnels à la Cité de la santé de Laval. Le fondateur de la polyclinique Concorde de Laval se souvient ici pour nous des grandes étapes de ses trente ans de carrière.

En devenant médecin, c'est un peu le rêve de son père, vétérinaire, que le Dr Perrier a réalisé. Pourtant enfant, il caressait plutôt le projet de devenir... dentiste en Afrique! "Je devais avoir des tendances au missionnariat, plaisante-t-il. Cela s'est transformé en envie de faire de la médecine au fil des ans. Mais je ne voulais pas être médecin pour le plaisir d'être médecin; ce qui comptait pour moi, c'était d'amener ma petite pierre à la collectivité, au bien-être de la population."


Le Dr Alban Perrier

Tenté un temps par la chirurgie, il se laisse facilement convaincre qu'il n'est pas fait pour se laisser "enfermer dans une salle d'opération", comme il le dit. En 1968, au terme de ses études médicales à l'Université de Montréal, le Dr Perrier a déjà d'autres idées en tête. "Je voulais créer ce que j'appellerais aujourd'hui un "CLSC privé", explique-t-il, un établissement où on pourrait trouver tous les professionnels de la santé sous un même toit." Mission accomplie : aujourd'hui, la polyclinique Concorde est plus qu'imposante avec ses dizaines de généralistes, des spécialistes, des pharmaciens, des psychologues, des dentistes, etc. Mais en 1968, il s'agissait plutôt d'une modeste clinique ouverte dans un centre commercial de Laval par le Dr Perrier et un seul associé. Graduellement, le nombre de médecins augmentera et le Dr Perrier en viendra, en 1972, à faire construire un immeuble pour leurs besoins. En 1976, avec un groupe de cinquante médecins, suit une seconde phase d'agrandissement qui fait se poursuivre l'expansion. Dix ans plus tard, d'autres travaux viendront donner à la clinique sa forme actuelle et le premier scanner en établissement privé au Canada sera acheté.

L'aventure de la polyclinique Concorde aura duré jusqu'en 1989 pour le Dr Perrier, date à laquelle il s'est retiré de l'administration des affaires de la clinique même s'il continue à y recevoir sa clientèle privée trois soirs par semaine. Il garde de ces années le meilleur des souvenirs : entre les rencontres avec les banquiers et les architectes, il y avait tout le plaisir de bâtir un établissement unique et de développer des liens solides avec ses patients. "J'avais pour moi comme pour les autres médecins des exigences élevées : obligation de faire du bureau le soir, obligation de téléphoner aux patients pour leur donner les résultats de leurs examens, même s'ils n'avaient rien révélé, dit le Dr Perrier. Cela supposait beaucoup de travail, mais je ne concevais pas la pratique autrement. Pour moi, le bien-être de la clientèle passe en premier. Et, en rétrospective, je suis très fier de ce que nous avons accompli et de la philosophie qui régnait à Concorde."


"J'adore être DSP; essayer de trouver des solutions à des problèmes, c'est toujours excitant."
- Dr Alban Perrier

Tout ce travail qui a fait d'un minuscule bureau une énorme clinique, c'est une affaire d'équipe. "J'ai conservé de mes années de pensionnat au séminaire de Saint-Jean le goût de travailler en groupe, de m'unir à d'autres pour réaliser des projets. Sans collègues, je ne pourrais pas travailler; je me sentirais trop seul. J'aime à me sentir compétent au milieu de gens compétents. Le groupe, c'est ma force", avoue le Dr Perrier. C'est justement cet esprit de collégialité qu'il a retrouvé à la Cité de la santé de Laval, là où sa deuxième carrière se déroule depuis 1989.

La Cité de la santé, le Dr Perrier l'a vue grandir au début des années 70. Jeune omnipraticien, il n'avait pas toujours trouvé facile de faire sa place dans les hôpitaux, alors réticents devant les médecins de famille. Il a tout de même pratiqué dans les hôpitaux Bellechasse, du Sacré-Coeur de Montréal et Fleury. Avec l'ouverture de la Cité de la santé en 1976, il a trouvé un milieu où les omnipraticiens jouent un rôle de premier plan et n'a pas manqué de s'y impliquer en y assumant divers rôles, allant de la présidence du CMDP à la coordination de l'urgence. Il était donc tout à fait normal qu'en 1989 il accepte le poste de directeur des soins professionnels.

Il avoue pourtant que si excitant qu'ait été ce nouveau défi, il n'a pas quitté la polyclinique Concorde sans un pincement au coeur. Il laissait derrière lui la somme de 21 ans de travail acharné, des collègues et un personnel qu'il appréciait. Pas question pourtant d'abandonner sa clientèle. "Ah non! Pas ça! s'exclame-t-il spontanément. J'ai trop de plaisir à rencontrer mes patients et j'y trouve beaucoup de gratification. Dans le passé, j'ai cessé de faire des accouchements, et pendant des années je me suis senti triste en apercevant des femmes enceintes dans la rue. Je sais donc très bien que je ne pourrais pas me passer de mes soirées au bureau; elles sont essentielles pour moi."

Cette période d'adaptation est maintenant chose du passé et le Dr Perrier se sent très à l'aise dans ses tâches de directeur des services professionnels. Il s'était bien promis en acceptant ce poste de ne pas devenir un fonctionnaire vissé à son fauteuil et il tient parole, se promenant partout dans l'hôpital pour prendre le pouls du personnel et des événements. Et puis, 1997 aura été une année riche en rebondissements et peu propice à l'ennui; la Cité de la santé s'est retrouvée bien malgré elle au coeur de certaines controverses, des poupons échangés à leur sortie de l'hôpital en passant par les décès d'un garçonnet et d'un patient aiguillé vers l'urgence d'un autre hôpital. Chaque fois, c'est le Dr Perrier qui a agi comme porte-parole.

Devant la meute des journalistes, le Dr Perrier a gardé calme et sérénité. "J'ai fait de la télévision de 1972 à 1979 dans le cadre de l'émission Pour vous mesdames et cela m'a sans doute aidé, remarque-t-il. Je me sens à l'aise avec les journalistes, je sais où ils veulent en venir et ce qu'ils recherchent, je n'ai pas peur de la confrontation. Et puis, la position de l'hôpital, c'est aussi la mienne. Je crois en ce que je dis et je n'ai pas peur de dire ce que je pense en sachant que je représente un groupe dont les intérêts me tiennent à coeur. Je crois en ce qui se fait à la Cité de la santé de Laval."

Solidaire de ses confrères, le Dr Perrier n'en est pas moins lucide. Car s'il a la plus haute estime pour ceux qui font de la médecine une vocation, il déplore qu'une minorité se soit transformée en techniciens de la santé. "Ceux-là ne jurent que par les analyses de laboratoire, ils veulent terminer leur journée de travail à 16 h et comptent soigneusement le nombre de patients qu'ils voient, s'emporte-t-il. Mais le sens clinique? L'empathie? Être proche de ses patients, cela compte aussi. Pour moi, un médecin devrait être quelqu'un qui continue à vouloir "sauver le monde", pas un technicien qui multiplie les examens avant de prendre une décision parce qu'il a peur de porter un jugement."

Malgré ses fonctions de directeur des soins professionnels, il est clair que le Dr Perrier se considère d'abord et avant tout comme un médecin. "Et tant mieux; les médecins de la Cité de la santé savent bien que je pratique encore et ils sont donc assurés que je comprends leur pratique. Je le répète, je refuse de devenir un fonctionnaire. Bien sûr, j'ai affaire à la fois à la direction et aux médecins, mais les décisions que je prends comme directeur des services professionnels, je les prends aussi comme médecin. J'adore être DSP; essayer de trouver des solutions à des problèmes, c'est toujours excitant", affirme-t-il.

Que dire d'autre sur le Dr Perrier? Qu'il a touché à tout en tant que médecin, des accouchements à l'urgence? Qu'il s'est impliqué au sein de la FMOQ de 1972 à 1979? Chose certaine, ce médecin à la forte personnalité a su imprimer sa marque partout où il est passé, à la recherche de l'excellence et de l'accomplissement.]