| Le Dr Lionel Carmant |
Parution: avril 1998
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| Démystifier l'épilepsie, un objectif | |
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Il a l'air d'un tout jeune homme, mais ne vous fiez pas à son air de grande jeunesse; le Dr Lionel Carmant n'est plus un résident, mais un neurologue et un chercheur de l'hôpital Sainte-Justine depuis septembre 1994. "Médecin, voilà ce que j'ai toujours voulu être, déclare-t-il d'emblée. Je crois que je suis une personne qui a le sens de l'empathie et l'aspect relation d'aide de la médecine m'attirait beaucoup. Mais si je n'avais pas pu devenir médecin, j'aurais choisi une orientation complètement différente en faisant de la traduction." Tant pis pour le milieu de la traduction et tant mieux pour nous, c'est en médecine que Lionel Carmant a fait ses études universitaires, à Sherbrooke. |
![]() Le Dr Lionel Carmant |
Ce n'est pas pour rien que le Dr Carmant a aujourd'hui l'air d'un bien jeune spécialiste. À son arrivée à la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke, il n'était même pas majeur, car il s'apprêtait à souffler dix-sept bougies sur son gâteau d'anniversaire. Voilà de quoi faire mentir Baudelaire et son célèbre "On n'est pas sérieux à 17 ans"! "Aux universités de Montréal et Mc Gill, on trouvait mes notes correctes, mais on me conseillait de compléter un baccalauréat avant de me lancer dans des études médicales tandis qu'à Sherbrooke on m'a accepté tout de suite, se souvient-il. Au début, bien sûr, mes camarades me taquinaient à propos de mon âge, mais mes études médicales ont constitué une très belle expérience et, réflexion faite, je n'étais pas trop jeune pour entamer ma formation et choisir mon orientation professionnelle."
Jeune mais résolu, Lionel Carmant savait déjà, alors qu'il était étudiant en médecine, qu'il travaillerait avec des enfants. Il a même complété deux années de résidence en pédiatrie avant de se laisser séduire par la neuropédiatrie, une spécialité qui l'intéressait depuis le début de ses études. "J'ai fini par m'apercevoir que la pédiatrie seule ne m'aurait pas convenu, avoue-t-il. La charge de travail est trop lourde. Et puis, les parents sont très exigeants quand il s'agit de la santé de leurs enfants, ce qui est très normal, mais certains s'affolent vite devant des problèmes pourtant peu sérieux et leur attitude crée un climat difficile. Être pédiatre, c'est comme être interniste : il faut tout savoir pour répondre aux interrogations des parents. Moi, je lève mon chapeau aux pédiatres, mais pour ma part, je me sens beaucoup plus à l'aise dans un domaine plus restreint."
Le Dr Carmant s'est formé en neurologie adulte à Sherbrooke et est revenu dans sa ville natale, Montréal, pour faire sa spécialité en neurologie pédiatrique à l'Université McGill. Tout au long de sa formation, il a côtoyé une foule de médecins qu'il a admirés. Il cite chez l'un sa droiture et son sérieux, chez l'autre sa gentillesse et sa somme de connaissances, chez un autre encore son humanisme et son amour pour ses patients. "En ce sens, note-t-il, mon modèle numéro un est sans aucun doute le Dr Waters de l'Université McGill qui est encore pour moi l'image du "bon docteur" dans tous les sens du terme, autant pour sa grande compétence en tant que neurologue que pour l'importance qu'il attache au bien-être de ses patients."
En se formant en neurologie, le Dr Carmant a commencé à développer un grand intérêt pour un problème particulier, l'épilepsie. Son intérêt grandissant, il est parti aux États-Unis, à Harvard, pour se spécialiser en ce domaine. "C'est un dysfonctionnement fascinant pour un médecin, parce qu'il amène à comprendre les fonctions normales du cerveau", dit-il. L'épilepsie touche 300 000 personnes au Canada, dont une bonne partie des nouveaux cas sont des enfants. À l'hôpital Sainte-Justine, environ 2 000 jeunes épileptiques son suivis.
Pour le Dr Carmant, l'étude de l'épilepsie a été l'occasion de s'initier à la recherche. À l'heure actuelle, il se passionne pour la recherche fondamentale sur ce sujet et est chercheur boursier au Fonds de la recherche en santé du Québec. "Ce qui m'intéresse plus particulièrement, ce sont les dommages cérébraux induits par l'épilepsie et leur prévention. Nous travaillons sur des modèles animaux pour voir si on peut aider les personnes épileptiques, tant au niveau fonctionnel que psychologique, en prévenant des déficits possibles chez elles."
Tout passionné qu'il soit par son travail de laboratoire, le Dr Carmant ne saurait toutefois se passer du contact avec ses jeunes patients. "J'aime le mélange de clinique et de recherche, l'une complète l'autre et ce sont les deux qui me font adorer mon travail. Bien sûr, c'est un désavantage par rapport à certains organismes subventionnaires qui préfèrent que les scientifique ne fassent que de la recherche. Mais selon moi, la clinique enrichit le travail du chercheur; je vois des problèmes bien précis en consultation et ce sont ces problèmes que j'essaie de mieux comprendre par mon travail de recherche. Et je compte bien que mes efforts porteront fruit", espère-t-il.
Le Dr Carmant est encore tout feu tout flamme;sa jeune carrière de chercheur ne l'a pas encore essoufflé par les difficultés qu'elle comporte. Chez lui, pas de défaitisme ni de pessimisme. Il est certes d'accord pour dire que choisir de faire de la recherche en 1998 n'a rien d'évident, mais pas question de baisser les bras avant de tenter d'avoir réalisé ses rêves. "Je dis toujours aux étudiants et aux résidents qu'il faut faire ce qu'on aime. Je suis convaincu que si on est compétent dans son domaine, on trouvera toujours le moyen d'exploiter son talent. Bien sûr, on n'obtient plus des fonds importants comme avant; plus question d'avoir 100 000 $ pendant dix ans. Il faut plutôt se contenter de plus petites sommes glanées ici et là au prix de beaucoup d'efforts", conclut-il.
Pour aider les jeunes chercheurs à faire démarrer leur carrière, le Dr Carmant croit en la grande utilité d'une alliance entre les jeunes et leurs aînés. Il se réjouit ainsi de l'aide du Dr Lacaille de l'Université de Montréal qui l'a "pris sous son aile", comme il le dit en souriant. "On a oublié l'importance pour les jeunes d'avoir un mentor, une personne d'expérience qui peut guider un débutant et le faire profiter de son savoir et de sa connaissance du milieu. Il faudrait pourtant y revenir; les temps sont difficiles et les jeunes ont besoin d'aide quand vient le moment de trouver des fonds. En ce sens, si les chercheurs expérimentés et les jeunes chercheurs s'unissaient plus souvent, la relève pourrait en profiter beaucoup, explique-t-il.
Outre son travail de clinicien et de chercheur, le Dr Carmant participe aussi au conseil d'administration d'Épilepsie Montréal, un organisme visant, entre autres buts, l'information de la population. "Il faut démystifier l'épilepsie, car elle fait encore peur à beaucoup de gens, observe-t-il. Mais ce qui la rend si effrayante, c'est de ne pas la connaître. Moi, je recommande à tous mes patients et à leurs parents d'en parler dans leur entourage. Quand on comprendra que la grande majorité des épileptiques contrôlent bien leur état, on aura fait un grand pas."
Mais information sur l'épilepsie et démystification ne sont pas suffisantes pour aider ceux qui réagissent mal ou pas à la médication, soit environ 15% des épileptiques. Le Dr Carmant leur propose une alternative : la diète cétonique. Mis au point dans les années 20, ce traitement avait été mis au rancart avec l'introduction de médicaments. "On y revient maintenant que l'on constate l'inefficacité des traitements conventionnels pour certains, et c'est parfois suffisant pour éliminer complètement les crises chez l'enfant", remarque le Dr Carmant. La diète cétonique est très particulière. Au programme, des menus très riches en gras mais aussi un nombre de calories rigoureusement comptées et donc de très petites portions pour les enfants qui l'adoptent après un jeûne de deux ou trois jours. L'entreprise est exigeante : il faut que les jeunes se plient à cette diète pendant deux ans et la collaboration des parents est évidemment requise pour qu'ils surveillent de près l'alimentation de leurs petits, pas toujours enchantés de ne pas pouvoir manger ce qu'ils veulent.
Selon le Dr Carmant, on ne sait pas encore de façon précise ce qui fait que la diète cétonique peut aider les enfants épileptiques à ne plus souffrir de convulsions. "On avance que les corps cétoniques, un des métabolites des graisses, auraient un effet protecteur contre les crises d'épilepsie, mais en fait, on n'a pas encore de réponse claire sur la façon dont la diète agit pour empêcher les enfants de faire des crises." Ce qu'on sait à Sainte-Justine, cependant, c'est que 20% des enfants sous diète évitent complètement les crises et que 40% voient une amélioration de leur état.
Voilà de belles victoires qui font sourire le Dr Carmant. Et son sourire s'élargit encore plus quand il explique que dans ses rêves, il voit un centre voué à l'épilepsie où cohabiteraient recherche clinique et fondamentale, et clinique. "Imaginez comme cet échange entre cliniciens et chercheurs pourrait être bénéfique!" s'exclame-t-il. Qui sait, avec l'énergie et l'enthousiasme de la jeunesse qui caractérisent le Dr Carmant, peut-être un jour rapporterons-nous dans ces pages la création de ce centre et la nomination du Dr Carmant à sa tête? Chose certaine, nous aurons sûrement l'occasion de reparler de ce membre de l'AMLFC qui prouve bien que la valeur n'attend pas le nombre des années.]