| Le Dr Michel Labrecque |
Parution: avril 1998
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| Selon son emploi du temps, il est clinicien, professeur ou chercheur | |
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Elle est heureusement révolue, cette époque où la médecine de famille faisait figure de parent pauvre auprès des spécialités médicales. Un de nos membres, le Dr Michel Labrecque, se déclare d'ailleurs un de ses plus fervents défenseurs. Clinicien, chercheur et professeur, le Dr Labrecque sait faire la preuve que le médecin de famille peut avoir une pratique aussi variée que passionnante. |
![]() Le Dr Michel Labrecque |
Quand le Dr Labrecque parle de son travail, on sent dans sa voix à quel point il l'aime. La clinique? "L'occasion de voir du "vrai monde", j'adore ça", affirme-t-il. L'enseignement? "C'est merveilleux d'essayer de transmettre ce que je sais à des résidents", répond-il. Quant à la recherche, c'est une autre sphère d'activité qui continue à le passionner. Bref, que ce soit à l'Université Laval, où il est professeur agrégé au département de médecine familiale et directeur de la recherche, ou à l'hôpital Saint-François d'Assise, où il est membre de l'unité de médecine familiale et de l'unité de recherche en périnatalité du centre de recherche, le Dr Labrecque se sent comme un poisson dans l'eau.
Avec de telles dispositions, on pourrait croire que le Dr Labrecque rêvait de blouse blanche et de stéthoscope quand il était enfant. Il n'en est rien. Son choix de la médecine, c'est un peu le fruit du hasard; des amis se préparaient à faire leur entrée à la faculté de médecine de l'Université de Montréal, il a eu envie de les suivre et voilà. Son vrai coup de foudre pour la médecine, c'est en cours de route qu'il est arrivé, particulièrement lors de deux expériences à l'étranger. "Je suis d'abord parti en voyage dans les pays d'Amérique latine en 1976, pendant les vacances d'été. Je ne parlais pas un mot d'espagnol et je me déplaçais en faisant de l'auto-stop. Ce que j'ai vécu cet été-là m'a donné le goût de travailler dans des pays en voie de développement", se souvient-il. Et comme le hasard fait bien les choses, l'année suivante il participait à un stage de pédiatrie de deux mois en Tunisie, à l'hôpital de Menzel-Bourghiba, autre moment fort qui devait confirmer son goût pour la profession et le contact avec les enfants.
À la fin de 1977, choisir une orientation s'imposait. C'est finalement la médecine familiale qui l'a emporté, "parce qu'elle me permettait de combiner tous mes intérêts", dit le Dr Labrecque. Pendant trois ans, il a donc mené la vie d'un médecin de famille très occupé : médecine sportive à son bureau de Mascouche, urgence, pédiatrie et accouchements à la Cité de la santé de Laval. "J'aimais beaucoup la Cité de la santé, se rappelle-t-il. Là encore plus qu'ailleurs, les omnipraticiens étaient responsables de leurs patients hospitalisés. C'est aussi là qu'est né mon goût pour l'enseignement, au contact des résidents en médecine familiale que je supervisais."
Mais la piqûre du voyage n'avait pas dit son dernier mot. En 1982, alors qu'il avait à peine 29 ans, le Dr Labrecque se retrouvait aux Iles Comores, médecin-chef d'un des trois districts de santé du pays qui comptait un petit hôpital de quarante lits, six postes de santé dont deux maternités rurales, une soixantaine d'infirmières et 45 000 habitants. Responsabilité écrasante pour un jeune omnipraticien, de surcroît ignorant tout du comorien? "Quand on est le seul médecin sur place, on se dit qu'on est le meilleur, plaisante-t-il. Plus sérieusement, je n'étais pas désarmé; j'avais suivi un cours de médecine tropicale et j'avais aussi trois ans d'expérience à la Cité de la santé derrière moi. Quant à la barrière de la langue, l'équipe infirmière était là pour m'aider à la surmonter en jouant le rôle d'interprète."
Ce séjour au sein de l'océan Indien (les Îles Comores se situent juste au nord-ouest de Madagascar) devait susciter chez le Dr Labrecque l'envie de faire de la médecine communautaire. Comme il le souligne, "guérir un cas de malaria, c'est bien, mais qu'est-ce que ça donne à long terme si on n'agit pas sur le milieu qui a permis à la maladie de se développer?" De retour au Québec en 1984, il entamait donc une maîtrise en médecine expérimentale (épidémiologie) à l'Université Laval. Après une première année d'études, on lui proposait un poste au CHUL, avec la possibilité de faire de la recherche et de l'obstétrique. Il termina donc sa maîtrise en épidémiologie tout en débutant sa carrière de chercheur clinicien à l'unité de recherche clinique en médecine familiale.
À l'heure actuelle, le Dr Labrecque complète un doctorat en épidémiologie. Il s'intéresse de près à la périnatalité et c'est autour de ce thème que se font ses recherches. Mais il n'a pas abandonné pour autant ses missions à l'étranger. Au cours des dernières années, il s'est rendu en Haïti, en République dominicaine, au Mali et au Burkina Faso avec l'ACDI. En tant que membre associé du Centre de coopération internationale en santé et développement (CCISD) de l'Université Laval, il est aussi allé au Zaïre, au Bénin et à Cuba. Professeur invité de l'Université McGill, il a également travaillé au Costa Rica. Ceci sans compter sa collaboration à un projet de l'UNICEF au Turkménistan et au Kirghizistan. Enfin, son intérêt pour la vasectomie sans bistouri l'a mené en Jordanie pour le compte de l'Association for Voluntary Surgical Contraception. "Et ce ne sont pas des séjours touristiques. Il m'arrive même de me dire que le seul moment reposant, c'est le trajet en avion!" lance-t-il en souriant.
Ces voyages sont cependant fort importants aux yeux du Dr Labrecque. Il y voit une obligation morale comprise aux Comores : échanger, partager des connaissances avec des gens de milieux beaucoup moins favorisés que le Québec. "On donne, on exporte nos façons de faire, mais on reçoit aussi en faisant de la coopération", observe-t-il. Quand on voit comment se donnent les soins de santé, dans des conditions de dénuement extrême, on apprend nous aussi des choses qui nous font réfléchir sur la meilleure utilisation possible de nos propres ressources. Nous avons encore un des meilleurs systèmes de santé au monde et nos problèmes ne sont rien comparés à ceux de l'Inde, par exemple, où les bidonvilles côtoient des quartiers magnifiques."
Bien évidemment, on ne peut pas revenir d'une mission où on a vu une seringue de plastique religieusement conservée et réutilisée pendant des semaines ou encore une césarienne compromise à cause du manque de fil chirurgical sans réfléchir sur la médecine qui se pratique chez nous. Le Dr Labrecque en est à chaque fois plus convaincu que l'accès à des outils diagnostiques complexes et coûteux n'est pas toujours la solution aux problèmes de santé. Il prône le retour à la simplicité et au bon sens et remarque non sans humour que le temps est souvent un des tests diagnostiques les plus efficaces qui soient.
Depuis 1985, le Dr Labrecque a été conférencier invité lors de plusieurs manifestations scientifiques. On a pu l'entendre au Québec et ailleurs au Canada, mais aussi aux États-Unis, au Costa Rica, en Belgique, en France, à Cuba, en Inde, en Jordanie, au Brésil et à Hong Kong. Il a également à son actif 51 publications et a collaboré à 2 chapitres de livres.
La médecine de famille sous toutes ses facettes, c'est donc encore et toujours ce qui attire le Dr Labrecque, qu'il se fasse clinicien, professeur ou chercheur selon son emploi du temps. "La recherche est une activité récente en médecine de famille et j'espère bien qu'elle deviendra une tradition. Pour ma part, je voudrais bien que de plus en plus de jeunes s'y intéressent et qu'une relève se prépare à faire de l'enseignement et de la recherche comme de la clinique. La médecine de famille veut de plus en plus être connue et reconnue comme ayant ses spécificités, son caractère propre; je compte qu'elle sera entendue", conclut-il.]