Le Dr François Melançon
Parution: avril 1998
Un médecin engagé dans sa communauté

Pour se décrire, le Dr François Melançon lance en riant qu'il est une "bibitte à monde". L'expression est amusante, mais elle n'en traduit pas moins tout l'enthousiasme de cet omnipraticien, directeur des services professionnels du CLSC, CH et CHSLD de la MRC d'Asbestos, et toute l'importance qu'il accorde aux contacts humains. Dans le petit dépliant qu'il remet à ses nouveaux patients et qui le présente, on lit que la spécialité d'un médecin de famille, ce sont... ses patients! Voilà qui dit tout.


Le Dr François Melançon

François Melançon, c'et le père qui n'hésite pas à endosser le costume de Winnie l'ourson lors du spectacle de patinage artistique de sa fille et qui est aussi enthousiaste que ses enfants quand toute la famille part faire du ski alpin. C'est le médecin plein de fantaisie qui fait sourire un petit patient grognon en imitant un chien, à quatre pattes dans son bureau. C'est l'homme au rire facile qui aime manifestement les plaisanteries. C'est aussi un ancien militaire, un homme d'affaires qui gère la firme AIM Développement et un citoyen qui donne un coup de main depuis des années aux Chevaliers de Colomb d'Asbestos lors de leur clinique de sang annuelle, tout comme il l'a fait dans le passé pour la campagne de la Société canadienne du cancer, la Fondation du CH d'Asbestos lors de leur clinique de sang annuelle, tout comme il l'a fait dans le passé pour la campagne de la Société canadienne du cancer, la Fondation du CH d'Asbestos ou encore Ambulance Saint-Jean. Et, comme si tout cela n'était pas suffisant, il jongle aussi avec ses fonctions de médecin au Centre d'accueil de Wotton, ses activités à son bureau privé, ses visites à domicile et l'urgence au CH d'Asbestos. Occupé? Sûrement, mais heureux plus que débordé, car il a manifestement la carrière qu'il a choisie et la mène de la façon qu'il aime.

Comme bien d'autres médecins, c'est l'amour des sciences qui a attiré François Melançon vers la médecine. Si la physique ennuie l'adolescent, il n'en va pas de même pour les sciences naturelles et surtout la biologie, qui le passionne au point où il hésitera entre elle et la médecine. Réflexion faite, c'est la médecine qui l'emporte et à l'automne 1977, il fait son entrée à la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke. "Quelle terrible première année! se souvient-il aujourd'hui. Je détestais les sciences fondamentales et je voulais voir des gens, de vrais patients." La piqûre pour la médecine, il l'attrapera avec ses premiers contacts avec les malades et sous l'influence de ses modèles, les Drs Yvan Blouin, Vincent Échavé, Wadhi Pierre Saad et Jean Migneault. "Ces hommes m'ont montré à voir l'altruisme, le dévouement et surtout ils m'ont appris que le mot impossible n'existe pas. En fait, j'ai été choyé; dans ma promotion, il y avait des gens extraordinaires et ceux qui nous ont formés l'étaient tout autant", dit-il.

À la fin de son internat multidisciplinaire, en 1982, c'est vers les Forces armées du Canada que le Dr Melançon se tourne. Pendant ses études collégiales, il faisait partie de la milice et il avait aimé cette expérience. On le retrouve d'abord à la base de Petawawa en tant que médecin régimentaire du 2e régiment d'artillerie légère. Il sera ensuite responsable de la médecine aéronautique et de la clinique d'alcool et de drogues tout en travaillant aux urgences des hôpitaux général et civique de Pembroke.

En 1984, tenté par la médecine interne, il entame des études en ce sens à l'Université d'Ottawa. Peu de temps après, il est muté à la base de Valcartier où il s'occupe de médecine générale et aéronautique tout en poursuivant sa formation en médecine interne à l'Université Laval et en travaillant à l'urgence de l'hôpital du Saint-Sacrement. Même pour une "dynamo" comme le Dr Melançon, ce rythme est un peu fou. "Ma vie familiale en prenait pour son rhume, observe-t-il. Et puis, je m'ennuyais des enfants; la pédiatrie me manquait beaucoup. J'ai donc décidé d'abandonner la médecine interne." Pour compléter ce virage, les Melançon déménagent à nouveau, cette fois en Nouvelle-Écosse où le Dr Melançon sera médecin-chef adjoint à l'Hôpital militaire de Cornwallis et urgentologue à l'Hôpital général de Digby.

En 1998, le Dr Melançon renoncera aux Forces armées. Il n'est que trop conscient du fait que la progression de sa carrière militaire supposerait désormais des postes administratifs, et il se refuse à abandonner la clinique. "Mais je dresse un bilan très positif de mes années au sein des Forces armées, affirme-t-il. J'ai aimé l'esprit de corps, l'entraide et le travail d'équipe qui y étaient de mise. Dans les petites bases où j'ai travaillé, il y avait une ambiance familiale très réconfortante; nous venions tous d'ailleurs et des liens très serrés se tissaient entre les gens. Je m'y suis fait d'excellents amis et j'ai vraiment aimé les six années que j'ai données à l'armée; j'en ai retiré beaucoup aussi."

Redevenu civil, si le Dr Melançon ne sait pas encore clairement où il entend pratiquer, il sait ce qu'il refuse : "Un "McDonald de la médecine", une clinique sans rendez-vous devant une bouche de métro où on ne revoit jamais les patients, très peu pour moi!" s'exclame-t-il. Une visite à ses beaux-parents, qui habitent à Asbestos, lui fait vite réaliser que c'est là qu'il aimerait s'installer avec sa famille. Entre la petite ville et lui, c'est un coup de foudre, d'autant qu'il pressent que les contacts faciles avec les patients feront en sorte que dans son bureau, il pourra recevoir tout aussi bien le grand-père que sa petite-fille et son poupon. "C'est exactement cela que je voulais; une clientèle composée de toutes les génération, dit-il. J'aime les deux extrémités de la vie, du nouveau-né à la personne âgée, et pratiquer dans une petite communauté où tout le monde se connaît permet de bâtir ce genre de clientèle."

Le Dr Melançon n'a pas tardé à s'implanter à Asbestos et à y multiplier ses activités professionnelles. Au Centre hospitalier, il a bien sûr tenu à jouer un rôle et a présidé le CMDP, de 1989 à 1995, tout en y faisant des visites aux patients des soins prolongés. C'est sans compter son engagement au sein de la Fédération des médecins omnipraticiens de l'Estrie, dont il a fait partie de l'exécutif de 1993 à 1995, et sa participation au Bureau de médecine aéronautique civile du Canada, où il était médecin examinateur. En 1995, il reprenait le poste de directeur des services professionnels. "Non pas que j'aie un grand penchant pour les questions administratives, mais il fallait quelqu'un et j'étais là", lance-t-il, pince-sans-rire.

Sous la blague, on sent bien que le Dr Melançon attache beaucoup d'importance à ce poste comme à tous les autres qu'il occupe. Et comme beaucoup d'autres, il se désole devant les coupures qui sont le lot quotidien dans notre système de santé et devant l'épuisement et le découragement du personnel. Ce qui l'aide à tenir, soutient-il, c'est la clinique. Suivi prénatal, pédiatrie, gériatrie, psychothérapie, médecine sportive, tout le fascine et rien ne le rebute quand vient le moment de faire entrer un patient dans son cabinet. "Les conditions dans lesquelles nous pratiquons ont beau ne pas être drôles, je trouve toujours aussi plaisant de rencontrer des gens, assure-t-il. J'apprécie mes patients et je pense qu'ils me le rendent bien. Cette relation est autrement plus valorisante que ces longues réunions où il faut sans cesse tout réévaluer. Avec mes patients, j'ai l'impression d'accomplir de vraies choses, de relever des défis avec eux et j'adore cela."

Avec sa clientèle, le Dr Melançon se veut ouvert et souple. Il sait fort bien l'attrait qu'ont les médecines douces et il prend soin d'ouvrir le dialogue pour aider ses patients à faire la part des choses entre la fumisterie et ce qui peut réellement les aider. "Il faut absolument faire de l'enseignement auprès des gens au risque de les voir se traiter eux-mêmes n'importe comment en cachette et souffrir d'effets secondaires, insiste-t-il. Par exemple, combien de nos patients prennent des comprimés de vitamines ou divers suppléments? Beaucoup. Je me suis donc informé auprès de compagnies sérieuses et je suis heureux d'informer mes patients pour qu'ils ne croient pas que tout ce qui est étiqueté "naturel" est toujours bon. De la même façon, j'ai tenu à me renseigner sur l'alimentation et j'ai beaucoup lu sur le sujet pour guider mes patients. Et puis, toujours pour répondre à leurs besoins, j'ai entamé une formation en acupuncture auprès de l'Acupuncture Society of Canada et j'ai aussi étudié l'hypnose à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont."

La recherche clinique fait également partie des intérêts du Dr Melançon et il collabore à des projets avec des compagnies pharmaceutiques ainsi qu'avec le département de médecine de famille de l'Université de Sherbrooke qui ont donné lieu à quelques publications. L'informatique est un autre de ses dadas et il travaille depuis quelques années à la création d'un dossier médical informatisé. Il faut croire que rien de tout cela n'est suffisant pour combler son besoin d'activité puisqu'il se transforme parfois en homme d'affaires pour les besoins de sa firme, AIM Développement. "Ma compagnie, c'est pour m'éviter l'épuisement professionnel, dit-il en plaisantant." En fait, il s'agit d'une firme on ne peut plus sérieuse qui s'occupe du développement d'entreprises et à laquelle participe l'épouse du Dr Melançon, Josée. Comme le souligne le Dr Melançon, l'enthousiasme de ceux qui veulent mettre sur pied leur propre affaire est contagieux et le change agréablement du climat souvent morose qui règne dans le milieu de la santé.

En dehors du travail, il y a la vie toute simple d'un père et d'un mari heureux de son existence avec son épouse et leurs enfants, Jessica et Sébastien. "J'ai une femme merveilleuse, confie-t-il. Ce n'est pas facile d'être marié avec un médecin et je regrette moi-même de ne pas être aussi présent que je le voudrais à la maison. Mais quand j'y suis, je suis vraiment là et content d'être en famille." Et peut-être lors de ces soirées de répit entend-on de la musique s'échapper par les fenêtres des Melançon, car sachons que le Dr Melançon aime bien s'asseoir au piano et que sa fille est violoniste. Voilà des moments qui doivent lui donner l'énergie nécessaire pour continuer à donner le meilleur de lui-même à ses patients.

"Le travail, c'est le plaisir de se fixer des buts et de s'engager, conclut-il. Parmi les valeurs que m'ont enseignées mes parents, il y a l'amour du travail bien fait et je les en remercie aujourd'hui. Les conditions dans lesquelles les médecins pratiquent sont dures, mais ils ont moins que jamais le droit de se défiler. À nous de tenir le fort et de faire équipe avec nos patients."]