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Parution: mars 1998
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| Le Dr Sylvain R. Matteau, un des visages de la nouvelle génération | |
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Le Dr Sylvain R. Matteau ne fait pas que compléter en ce moment sa résidence en cardiologie à l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal; il est aussi le président de l'Association des médecins résidents de Montréal. Il nous parle ici de son expérience dans le milieu du syndicalisme et de sa vision de la médecine. Le désir de s'engager activement dans son milieu s'est manifesté précocement chez le Dr Matteau. Dès ses études secondaires, il était président de classe, et de niveau, et s'amusait à mettre su pied des activités pour les étudiants, comme des camps de fin de semaine. Il était même moniteur pendant ces camps. Ces souvenirs d'adolescence, il les considère aujourd'hui comme une excellente expérience qui lui a appris à travailler avec et pour les autres et à mieux comprendre les systèmes d'organisations qui nous entourent. Au cégep, en plus de son emploi à temps partiel dans le domaine de l'informatique, il était aussi présent un peu partout dans la vie étudiante. Arrivé à l'université, en biochimie, il poursuivait dans cette veine en devenant président de classe et de son association étudiante. "J'aime être là où les décision se prennent, avoue le Dr Matteau, pour être certain d'avoir exposé ma position si la situation ne me plaît pas." |
![]() Le Dr Sylvain R. Matteau |
En ce qui concerne son intérêt pour la médecine, il faut remonter à son enfance pour en trouver l'origine. "D'aussi loin que je me souvienne, la magnifique machine qu'est le corps humain m'a fasciné, déclare-t-il. Et puis, comme beaucoup d'autres gens de mon âge, je crois que j'ai été influencé par le personnage du Dr Marcus Welby, à la télévision. Plus j'avançais dans mes études, plus mon choix se confirmait; je voulais être médecin."
Quant à son choix de la cardiologie, le Dr Matteau le fait remonter à ses études à l'école secondaire où l'adolescent qu'il était se sentait fort impressionné par les opérations à coeur ouvert et les premières dilatations coronariennes. Un cours de secourisme suivi pour un emploi d'été dans un camp de vacances puis un cours de réanimation cardiaque (il devait en devenir instructeur un an plus tard) achevèrent ensuite de le convaincre que la cardiologie était sa voie. "Mon choix était donc déjà fait quand j'ai complété mes stages en médecine", dit-il.
Avant d'entamer ses études en médecine à l'Université de Montréal, le Dr Matteau y a d'abord complété un baccalauréat en biochimie. "Pour moi, la médecine représentait vraiment le monde des adultes, et je trouvais que la marche à franchir entre le cégep et l'université était haute. J'ai donc préféré me familiariser d'abord avec le monde universitaire et développer une méthode de travail avant de faire ma demande d'admission en médecine", explique-t-il. Il reconnaît aussi, non sans humour, que ce baccalauréat a été profitable en lui évitant ce qu'il appelle le "syndrome de la tête enflée", qui guette parfois les jeunes étudiants en médecine, encore étonnés d'avoir été acceptés sur les bancs de la Faculté! "Il faut voir autre chose que la médecine, insiste-t-il. Il n'y a pas que ça dans la vie."
Son seul moment de répit, le Dr Matteau l'a connu pendant ses années de formation en médecine. Mais, vers la fin de sa troisième année, l'envie de s'impliquer dans son milieu le reprenait déjà. Sa première cause : faire en sorte que les cours de réanimation cardiaque de la Faculté soient donnés par des étudiants en médecine formés pour être instructeurs. Mission accomplie : à la fin de son cours de médecine, le Dr Matteau constatait avec satisfaction qu'une dizaine d'étudiants donnaient ces cours aux étudiants en médecine et d'autres facultés et dans les CLSC. "Pour moi, c'était une belle victoire parce que les étudiants sortaient de leur rôle passif pour être actifs et qu'ils brisaient ainsi le cliché du jeune favorisé qui ne fait rien pour la société", se souvient-il.
Au début de sa résidence en médecine interne à l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal, le Dr Matteau fut sollicité pour être délégué syndical. Il accepta et assuma cette fonction pendant deux ans. La troisième année, il devenait vice-président aux affaires syndicales de l'Association des médecins résidents de Montréal. Par le fait même, il siégeait au comité permanent de la Fédération des médecins résidents du Québec. Ce poste devait être suivi en juillet 1996 de celui de président de l'Association des médecins résidents de Montréal.
"Mon premier dossier visait bien sûr l'entente collective. Quand j'étais vice-président aux affaires syndicales, nous avons travaillé à l'élaboration des demandes que nous allions faire. J'ai adoré cette expérience; j'avais beaucoup d'informations nouvelles à assimiler et c'était passionnant. Avec la présidence, je poursuis dans cette voie en siégeant au comité de négociation pour le renouvellement de l'entente collective. De plus, je m'intéresse aussi aux coupures de l'an dernier dans l'entente du Ministère avec la Fédération des médecins spécialistes du Québec. Les résidents en ont gardé un goût amer; il règne un climat de démoralisation qui ne s'est pas encore dissipé. On n'a qu'à voir les statistiques du Programme d'aide aux médecins du Québec; le nombre de demandes d'aide provenant de résidents a augmenté de manière vertigineuse au cours de la dernière année."
En acceptant la présidence, le Dr Matteau a choisi de regarder droit devant lui. "Ce qui est fait est fait, essayons maintenant de faire en sorte que nous ne connaissions plus de telles déceptions. Et pour cela, il faut nous préparer. Je veux donc donner le plus d'informations possible aux résidents afin qu'ils soient au courant de nos démarches et créer un climat un peu plus positif et encourageant pour eux", affirme-t-il. Cela suppose pour le Dr Matteau de renseigner les résidents sur le fait que, malgré les bouleversements, il y a des acquis et que des discussions se poursuivent pour réviser les coupures de salaire qui les affectent.
"Il faudra bien que la société prenne un jour un temps d'arrêt pour se demander quelles sont ses priorités, soulève-t-il. Est-il normal que quelqu'un qui fait tant d'années de formation universitaire subisse tant de coupures salariales? Les médecins doivent-ils être considérés comme des dépenses dans le budget de l'État? Certainement pas, selon moi. Le triple tarif horaire, les vacances payées et les fonds de pension, cela n'existe pas pour nous. Nous sommes loin d'avoir les mêmes avantages que d'autres professionnels. Malheureusement, la population en général ne connaît pas nos conditions de travail. Ceux qui y sont sensibles, ce sont nos patients. Eux nous croisent douze heures après que nous les ayons rencontrés et ils s'étonnent : "Vous n'êtes pas encore parti vous coucher?" Ces gens-là nous comprennent; ils vivent eux-mêmes les chambardements que traverse notre système de santé."
Dans son entourage professionnel, on sait bien sûr que le Dr Matteau est le président de l'Association des médecins résidents de Montréal. "Et je ne pense pas qu'on me perçoive différemment pour autant, observe-t-il. Moi, j'aime les gens de façon générale, j'aime discuter avec tout le monde, que ce soit avec le directeur de l'hôpital ou avec quelqu'un qui fait l'entretien. J'essaie de respecter chacun et, non, je ne brandis pas le texte de notre convention collective à tout bout de champ. Je ne crois pas à l'affrontement, en fait. Je suis plutôt persuadé qu'on règle les problèmes en discutant et en écoutant, dans le respect mutuel."
Mais comment concilier un moment important et accaparant comme celui de la résidence avec des activités syndicales? "Et ajoutons à cela ma vie personnelle, répond-il. C'est un aspect aussi essentiel pour moi que ma carrière. Disons qu'il faut être très organisé. Je rends grâce maintenant à mes professeurs du Collège de Montréal qui m'ont inculqué le sens du travail et de la méthode. J'essaie de compartimenter mes tâches pour qu'aucune ne nuise aux autres. À la maison, je me lève tôt pour étudier et je profite aussi des moments libres entre des réunions pour le faire. Le syndicalisme est sûrement important pour moi, mais je ne perds pas de vue les objectifs de ma résidence ni les besoins de ma famille."
Si s'impliquer si intensément est comme une seconde nature pour le Dr Matteau, il comprend fort bien que beaucoup de résidents reculent devant la somme de travail à accomplir quand il s'agit de participer à des activités prenantes en dehors de leur formation. "Il faudrait cependant savoir qu'on peut toujours compter sur une équipe pour partager les tâches, nuance-t-il. Par exemple, à l'Association des médecins résidents de Montréal, nous sommes vingt-trois à former le conseil d'administration et sept pour le comité exécutif. Déléguer des mandats est donc une chose naturelle qu'on doit apprendre à faire; si on ne se fie pas à l'équipe avec qui on travaille, on n'en sort pas. De plus, il y a d'autres professionnels qui peuvent nous donner un coup de main. Je pense aux avocats, aux actuaires et aux experts en relations de travail; nous devons faire confiance à ces gens et faire appel à leurs connaissances. En tant que médecins, nous ne connaissons pas tout. Quant à moi, j'aime travailler en collégialité, autant pour alléger mon emploi du temps que pour donner à chacun la place qui lui revient dans un système démocratique."
Et puis, pour le Dr Matteau, faire d'autres expériences que la résidence est une avenue à privilégier pour s'ouvrir à d'autres horizons que ceux de la médecine. "La médecine doit être une vocation, mais il ne faut pas oublier qu'il existe d'autres sujets de préoccupation et d'intérêt, rappelle-t-il. Dans mon cas, le syndicalisme m'a amené à m'intéresser aux relations de travail, aux relations publiques et à l'administration, aux dimensions légales et gouvernementales. Cela fait de moi une personne plus complète, je crois."
Ceci étant dit, pour le Dr Matteau, ce genre d'implication relève d'un choix personnel et non d'un devoir. Il respecte le choix de ceux qui désirent se consacrer à plein temps à leurs études. Il avoue toutefois qu'il aurait tendance à encourager ceux qui hésitent et se demandent s'ils ne devraient pas participer à des activités professionnelles. "Essayez et vous verrez bien", lance-t-il.
Ce goût pour l'engagement n'empêche cependant pas le Dr Matteau d'apprécier les moments qu'il peut consacrer à sa famille et à ses amis. Il aime le ski de fond et la raquette, les randonnées pédestres l'été, tout ce qui est calme et lui permet de goûter au plaisir du silence de la nature et de sa beauté. "Pendant ces heures-là, j'oublie la médecine. Je suis avec ma femme et je suis pleinement avec elle. De la même façon, quand je rentre chez moi, même si la journée a été pénible, j'essaie de garder le sourire pour les miens. Il faut dire ici que j'ai une femme fantastique qui me comprend très bien."
La famille est vraiment une priorité pour le Dr Matteau. Ses enfants, il veut les voir grandir et avoir le temps de les éduquer. Ce qui l'amène d'ailleurs à dire que si les médecins doivent se faire un devoir de considérer leurs patients comme des êtres humains, ils doivent se permettre eux-mêmes d'avoir les mêmes besoins et donc une vie personnelle. "Quand je suis à l'hôpital, je me consacre à mon travail, mais je veux avoir le droit d'avoir une vie privée. Si je ne suis pas à l'hôpital, d'autres médecins y sont et peuvent donner des soins aussi bien que moi. La génération précédente manifestait un sens du dévouement très développé, mais on ne devrait pas avoir à choisir entre son travail et sa vie personnelle", conclut-il.]