| Le Dr Francine Léger |
Parution: mars 1998
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| Défendre et promouvoir la médecine de famille | |
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Petite-fille, nièce, soeur et fille de médecins, Francine Léger a suivi l'exemple familial et a repris le flambeau à son tour. Mieux encore, elle est depuis l'automne 1996 la présidente du Collège québécois des médecins de famille. Passionnée par sa discipline et par la santé des femmes, elle ne manque pas d'ardeur pour faire leur promotion. "L'exemple de mon père, de mon grand-père et de mes oncles m'a certainement influencée, reconnaît-elle, puisque je baignais dans un milieu médical. Mon goût pour les sciences et mon intérêt pour les gens ont fait le reste. Pour moi, la médecine représentait la relation d'aide et la possibilité de vulgariser des connaissances scientifiques pour les patients. Petite fille et adolescente, j'aimais bien aider mes camarades de classe à comprendre certaines matières, surtout en sciences. D'une certaine façon, ce penchant m'est resté et je continue à expliquer des notions parfois compliquées de par mon rôle de médecin de famille." |
![]() Le Dr Francine Léger |
Dans la famille du Dr Léger, on choisissait volontiers des spécialités. Elle-même, au terme de ses études médicales à l'Université de Montréal, a été tentée par l'obstétrique-gynécologie, à cause de son intérêt naissant pour la santé des femmes. Mais elle aurait aussi bien pu opter pour l'hémato-oncologie, la lecture des livres d'Élisabeth Kübler-Ross sur les mourants ayant vivement frappé l'étudiante en médecine qu'elle était alors. "Mais la vision globale de la personne véhiculée par la médecine de famille me semblait encore plus attirante qu'une carrière dans une spécialité. Pour moi, l'individu était encore plus important que sa pathologie, et je ne voulais pas me consacrer uniquement aux organes de mes patients et à la technologie. De plus, comme on met beaucoup l'accent sur la relation médecin/patient en médecine de famille, je savais que ce choix correspondrait à mes attentes", raconte-t-elle. En 1983, le Dr Léger terminait donc sa formation avec une résidence en médecine familiale à l'Université de Montréal.
Quant à l'obstétrique-gynécologie, le Dr Léger n'a pas eu à mettre une croix dessus. Depuis son entrée dans la profession, elle a oeuvré à la Clinique de médecine familiale de l'est et au département d'obstétrique-gynécologie du pavillon Saint-Luc du CHUM. Elle a également fait partie de l'équipe du Centre de santé des femmes de Montréal jusqu'en 1992. On la retrouve aussi depuis 1991 à la clinique Femina et depuis 1996 au service de périnatalité de Saint-Luc. Elle a d'ailleurs été chef du département de médecine générale de cet établissement en 1995-96.
Le Dr Léger ne s'en cache pas, la santé des femmes retient tout particulièrement son attention. "Et ce n'est pas d'hier, se souvient-elle. Enfant, j'étais déjà préoccupée par le sort des femmes, je sentais une injustice envers elles, ne serait-ce que parce que je devais aider à faire la vaisselle après le souper alors que mon frère allait s'amuser", lance-t-elle en riant. La petite fille qui essuyait les assiettes en soupirant s'est transformée en une adulte de plus en plus consciente des problèmes que doivent affronter les femmes. Et quand le Dr Léger, lors d'un stage, a assisté à son premier accouchement, elle a eu un véritable coup de foudre pour le miracle de la naissance.
C'est sans compter que pour le Dr Léger, il est clair qu'il y a encore des lacunes en ce qui concerne la cause des femmes et les soins médicaux qu'elles reçoivent. "En 1983, quand j'ai commencé à travailler au Centre de santé des femmes et que nous faisions des interruptions de grossesse, nous travaillions dans l'illégalité, rappelle-t-elle. Quinze ans plus tard, il y a encore du progrès à faire, ne serait-ce qu'au niveau du partage des tâches domestiques et de l'éducation des enfants. Et puis, la santé féminine est encore vue par les médecins comme une question de gynécologie, alors que cela dépasse cette dimension. Pensons seulement aux problèmes cardiaques; les femmes aussi en ont et cela mériterait qu'on fasse de la recherche là-dessus afin qu'elles reçoivent des soins spécifiques."
Le Dr Léger a aussi adopté depuis longtemps la cause de la médecine de famille. Pour elle, l'importance du travail de ces médecins, qui font 40 % des accouchements et donnent la majorité des soins destinés aux petits et aux personnes âgées en passant par les adultes, les malades chroniques et ceux qui se présentent aux urgences, n'est pas encore assez reconnue. Pas étonnant qu'elle en soit venue à présider le Collège québécois des médecins de famille.
"Je veux défendre et promouvoir la médecine de famille, explique-t-elle. Malheureusement, elle est encore mal perçue par certains spécialistes; ils la voient comme une pratique de second ordre. Sur une base individuelle, on peut se gagner le respect des spécialistes et de la population, mais il ne faut pas négliger notre image collective auprès d'eux."
Après un an de présidence, le Dr Léger est plutôt satisfaite. Selon elle, la communication tant avec les membres qu'avec les associations partenaires s'est améliorée. Plus de comités et de groupes de travail ont vu le jour et on consulte davantage les membres du Collège québécois des médecins de famille. Bref, une meilleure visibilité commence à porter fruit.
Outre la santé des femmes et la médecine de famille, un autre sujet passionne le Dr Léger : l'éducation médicale continue. "J'adore cela! C'est un lieu d'intervention privilégié pour faire passer les messages qui me tiennent à coeur", dit-elle. Depuis 1985, on a pu l'entendre à plusieurs reprises sur des thèmes aussi divers que l'accouchement, le syndrome prémenstruel, les maladies bénignes du sein, la contraception, etc. "La contraception m'apparaît comme étant un sujet essentiel pour qui a une clientèle féminine, soutient-elle. Au cours de sa vie, une patiente peut utiliser plus d'un moyen contraceptif, alors les médecins ont intérêt à les connaître."
On se souviendra également que le Dr Léger a assumé la direction scientifique d'une journée clinique sur la contraception au département de médecine familiale de l'Université de Montréal, de la 11e Assemblée scientifique annuelle du Collège québécois des médecins de famille et du colloque tenu dans le cadre du 10e anniversaire du comité des femmes médecins du Collège des médecins du Québec. Ce comité a aussi occupé le Dr Léger pendant plusieurs années, de 1989 à 1995.
"J'aime le mouvement comme la réflexion, conclut-elle, pas la passivité. Bouger, essayer de changer des choses, c'est l'essence de la vie. Participer à des activités, défendre ce qui me tient à coeur, c'est essentiel pour moi. Je sais bien que je ne changerai jamais le monde, mais j'ai le désir de faire ma petite part à une toute petite échelle pour tenter de transformer ce qui me paraît injuste."]